C’est un bien curieux bras de fer qui se joue en Iran. A première vue, le tableau paraît pourtant clair: une révolte populaire déstabilise le régime des mollahs, qui ne tardera pas à reprendre le dessus à grands coups d’arrestations et, si nécessaire, de violences ouvertes. Mais à y regarder de plus près, on voit vite que la scène est autrement plus complexe. Car si la contestation est bel et bien dirigée contre le président Ahmadinejad et le Guide suprême Khamenei, les contestataires ne sont pas forcément ceux que l’on croit.
Ainsi le candidat Moussavi, propulsé un peu malgré lui à la tête de l’immense vague de contestation populaire, fut premier ministre du temps de l’ayatollah Khomeyni. Plus étonnant encore: son «parrain» politique, l’ancien président Rafsandjani, est à la tête de deux organes clés du régime: le Conseil du discernement et l’Assemblée des experts. C’est un conservateur, tendance pragmatique. Mais la cerise sur le gâteau, c’est le soutien apporté aux manifestants par Mohsen Rezaï, l’un des deux autres candidats malheureux à cette élection présidentielle. Celui-ci fut, seize ans durant, à la tête des Gardiens de la révolution!
Autant dire que le régime est plus que divisé face à la colère de la rue. Même Ali Larijani, actuel président du parlement et ancien négociateur nucléaire, s’est permis de critiquer la gestion de cette crise par le Ministère de l’intérieur. Et pourtant, ce n’est pas un tendre!
Tout se passe comme si une bataille était livrée au sein même du régime, entre les ultraconservateurs qui sont aux manettes et les pragmatiques qui surfent sur la colère du peuple. Les tensions habituellement gérées dans le cadre de l’appareil ont ainsi débordé sur la place publique. La faute, sans doute, à l’agressivité d’Ahmadinejad. Et à son exécrable bilan économique. Les mollahs, eux aussi, veulent vivre mieux.