Les plans d’austérité s’accumulent sur le continent et le moteur franco-allemand de l’Europe tombe en panne, alors que la crise sévit. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy devaient se rencontrer lundi soir à Berlin pour aplanir leurs différends. Or, à la demande de l’Allemagne, cette rencontre a été reportée au 14 juin, l’agenda de la chancelière fédérale étant accaparé par les problèmes intérieurs.
Ce report n’est donc pas une fausse note de plus. Cela dit, les motifs de grogne entre la France et l’Allemagne ne cessent de croître, provoquant une crise de leadership en Europe. Or, sans entente franco-allemande, l’Union européenne et la zone euro ne pourront pas surmonter la tourmente économique.
«Depuis la crise financière de 2008, les «couacs» se sont accumulés entre les deux pays, ce qui a suscité une «ère du soupçon» aggravée par les médias français et allemands», nous explique le politologue Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg.
Quel gouvernement économique?
Le gouvernement économique de l’Europe — rendu nécessaire par la crise grecque — est devenu l’écueil à surmonter entre la chancelière fédérale et le président français. Ainsi, Nicolas Sarkozy souhaite créer un secrétariat de la zone euro.
«Mais à ce propos, Angela Merkel se montre plus que réticente», constate le politologue allemand. «Son pays craint qu’un gouvernement économique européen, tel que le conçoit la France, entame l’indépendance de la Banque centrale européenne. Or, cette indépendance est pour l’Allemagne d’une importance cruciale».
La difficulté réside dans le fait que la France et l’Allemagne ne partagent pas la même vision de l’économie européenne. Paris défend une politique interventionniste axée sur la relance. Il souhaite que l’Allemagne infléchisse sa politique d’excédents commerciaux afin d’ouvrir plus franchement aux autres pays, le marché intérieur allemand. Berlin refuse de changer cette stratégie et exige le respect de la prudence budgétaire pour tous les états de la zone euro.
Compromis possibles
«Ces positions sont opposées, certes, mais pas au point d’empêcher tout compromis», relève Henrik Uterwedde. «Les deux dirigeants savent qu’ils sont condamnés à s’entendre, même si cela n’est pas facile! Au sein de l’Union européenne, il n’y a pas d’alternative au moteur franco-allemand. Et si l’Allemagne et la France allaient au G8 et au G20 en ordre dispersé, ils ne pèseraient pas bien lourd face aux grandes puissances économiques mondiales».
Pour le directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, cette querelle entre Berlin et Paris peut même se révéler utile:
«Plus qu’une confrontation entre deux Etats, ce débat est avant tout politique. Au fond, il apporte la preuve d’une bonne santé démocratique. C’est par le débat, puis l’élaboration de compromis que se crée l’Union européenne».
Mais encore faut-il que ces compromis ne tardent pas trop.