Un «guet-apens», un «piège», un acte «rarissime»… Voilà comment les syndicats de police qualifiaient hier l’attaque «à l’arme de guerre» d’un fourgon à La Courneuve dans la nuit de samedi à dimanche. Entre deux et trois heures du matin, des policiers de cette ville sensible de Seine-Saint-Denis revenaient de l’hôpital de Bondy avec trois détenus, après un examen de santé routinier dans le cadre d’une garde à vue, quand deux voitures bloquent leur véhicule sur un rond-point à l’entrée de l’autoroute A86. Un homme s’en extirpe et les menace d’une arme à gros calibre, avant de tirer une première rafale. Une source policière indique qu’il pourrait s’agir «sans doute d’une kalachnikov».
Cinq douilles de fusil 7.62 ont depuis été retrouvées sur place. Trois impacts de balle ont été relevés sur le fourgon. Les policiers ont répliqué, faisant fuir leurs agresseurs. Profitant de la confusion, l’un des trois détenus, menotté, s’échappe, avant d’être intercepté dans la nuit par la brigade anticriminalité. Il avait été interpellé samedi soir dans la cité HLM dite «des 4000», soupçonné d’avoir tiré sur des forces de l’ordre avec un pistolet à grenaille un peu plus tôt dans l’après-midi.
Interrogé hier matin sur Europe?1, le directeur départemental de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis, Jean-François Herdhuin, s’inquiète de la portée d’une telle attaque: «C’est la première fois que je vois utiliser des armes de ce calibre dans le cadre des violences urbaines. Je n’en avais entendu parler que dans les affaires de grand banditisme.» Des moyens sans précédent devant lesquels les syndicats de police ont tous tiré hier la sonnette d’alarme.
Nicolas Comte, secrétaire général du troisième syndicat de police français, SGP-FO, pointe la «banalisation d’une violence de guérilla urbaine dans certains secteurs». Thierry Mazé, responsable d’Alliance, a, lui, évoqué ces récentes inscriptions sur les murs de La Courneuve, qui prévenaient que «la violence» allait «monter contre la police» après de récents incidents.
Escalade de violences
Une semaine après des affrontements entre des groupes de jeunes et les forces de l’ordre à Villiers-le-Bel, dans le Val d’Oise, où deux habitants ont été grièvement blessés à l’œil et cinq policiers touchés, ce traquenard sans précédent apparent braque à nouveau les projecteurs sur l’absence de politique et de moyens alloués aux banlieues, y compris sous l’ère volontariste de Nicolas Sarkozy.
En juin 2005, alors ministre de l’Intérieur, l’actuel chef de l’Etat avait promis de «nettoyer» la cité des 4000 «au Kärcher», mais aussi et surtout la mobilisation de nouveaux effectifs policiers. Ce début mai, deux ans après son élection, la Mairie de La Courneuve rappelle le président à ses devoirs. Comme ses promesses n’ont pas été tenues, le maire communiste Gilles Poux vient de porter plainte auprès de la Halde, haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, pour «discriminations territoriales».