Jacques Viguier a annoncé dimanche qu'il demanderait réparation à la justice, après son acquittement samedi en appel par la cour d'assises du Tarn. Ce professeur de droit toulousain était accusé du meurtre de sa femme, disparue mystérieusement le 27 février 2000. «Quand on a souffert ce que j'ai souffert, une petite réparation matérielle, qui ne compense pas l'horreur de ce que j'ai vécu, me parait normale», a-t-il déclaré sur RTL.
Jaqcques Viguier a précisé qu'il redoutait, «bien sûr», un éventuel pourvoi en cassation et expliqué que «la libération définitive, ce serait si, enfin, mais ça me paraît de plus en plus improbable, on avait une certitude sur ce qu'est devenue Suzy».
«Qu'on me laisse en paix»
Lors d'une déclaration à la presse, il a ensuite demandé qu'on le «laisse en paix» et n'a répondu à aucune question. «Je viens de vivre dix ans d'horreur. Dix années d'un calvaire. Alors je vous en supplie, messieurs les journalistes, maintenant, laissez-moi en paix. Laissez-nous en paix, avec mes enfants», a-t-il déclaré. «Je dois me reconstruire maintenant, autour de mes enfants. Je suis heureux de ce verdict mais maintenant, laissez-moi, laissez- nous nous reconstruire. Laissez-nous en paix.»
Jacques Viguier, qui a été détenu durant neuf mois pendant l'enquête, avait été acquitté en première instance le 30 avril 2009 par la Cour d'Assises de la Haute-Garonne. Samedi, la cour n'a pas suivi les réquisitions de l'accusation, qui avait demandé quinze à vingt ans de réclusion criminelle.
Samedi matin, à la fin des débats, Jacques Viguier avait pris la parole une dernière fois pour clamer à nouveau son innocence. «Je vous supplie de me rendre ma dignité d'homme, pour moi, pour mes enfants, pour Suzy. (...) Je viens de vivre dix ans d'horreur, de calvaire. Ne faites pas durer encore ce calvaire», avait-il dit.
Ni cadavre ni aveux
Son avocat, Eric Dupond-Moretti, a salué le verdict comme une victoire des principes fondamentaux concernant le bénéfice du doute à l'accusé. Il avait plaidé en dénonçant un «concours Lépine des hypothèses».
Le verdict d'appel met un terme probable à l'affaire judiciaire, sans résoudre le mystère de la disparition de Suzanne Viguier. Il n'y a ni cadavre, ni aveux, ni témoin dans ce dossier où l'existence d'un crime n'est pas démontrée.
Les charges sur Jacques Viguier étaient notamment fondées sur le fait qu'il s'est débarrassé d'un matelas après la disparition de sa femme et a négligé de dire à la police qu'il avait retrouvé le sac à main de la disparue avec ses clefs.
Sa femme, qui entretenait une liaison, avait décidé de divorcer de son mari, qui l'avait souvent trompée et elle a disparu après que son amant l'a ramenée chez elle.
Pendant le procès, M. Viguier a été soutenu par les trois enfants qu'il a eus de Suzanne, qui ont dit à la cour qu'ils jugeaient impossible que leur père ait tué leur mère. La mère de Suzanne Viguier soutenait aussi l'accusé, mais la soeur et la demi-soeur de la disparue se sont au contraire dites certaines de sa culpabilité, tout comme l'ex-amant de Suzanne Viguier.