En ce temps-là, on voyait ses amis au café, on s’informait en lisant des journaux et on apprenait en consultant des ouvrages de référence. En ce temps-là, on envoyait des lettres, on faisait ses courses au supermarché et on regardait la télévision… à la télévision. En ce temps-là, personne n’avait l’idée de partager son savoir avec les autres. Personne ne «piratait» des disques ou des films – on les copiait sur des cassettes pour les filer aux copains. Et personne ne se doutait qu’à Genève, Tim Berners-Lee, informaticien de haut vol basé au CERN, lançait une révolution technologique qui allait profondément changer notre société: le World Wide Web. Ce temps-là, c’était il y a vingt?ans. Un souffle à l’échelle de l’humanité. Une éternité à l’ère numérique qui a donné un coup d’accélérateur foudroyant à la diffusion des idées. Vendredi au Globe de la science et de l’innovation, le CERN célèbre à sa manière les vingt ans d’existence du Web: en essayant de prévoir son avenir. Pour l’occasion, Tim Berners-Lee reviendra sur les lieux de ses exploits. L’événement, réservé à quelques happy few, sera heureusement diffusé dans le monde entier par webcast.
L’idée de l’hypertexte
Tout commence au milieu des années 70, par l’invention de l’Internet. Vinton Cerf et quelques autres mettent sur pied un protocole qui permet aux ordinateurs de communiquer entre eux. Mais les échanges restent compliqués. Alors basé au CERN, Tim Berners-Lee travaille à une solution pour diffuser et indexer plus facilement les données à travers le Net. En mars 1989, l’informaticien rédige une circulaire intitulée Proposition de gestion de l’information. Il y exploite l’idée de l’hypertexte, un procédé imaginé dès 1945 qui permet d’aller d’une information à une autre d’un simple clic. Pour que les liens hypertextes soient efficaces, l’informaticien élabore une interface souple et interactive, sans ligne de commande fastidieuse. Le premier navigateur («browser» en anglais) est né. En mai 1990, le système est officiellement baptisé World Wide Web: la Toile mondiale. Créé sur un ordinateur NeXT du CERN, le tout premier site Web voit le jour à l’adresse info.cern.ch. Il existe toujours.
Le «Woodstock du Web»
Jusqu’en 1992, le «www» restera l’apanage des scientifiques. Un an plus tard, c’est le grand saut. Le 30 avril, le CERN décide que les technologies du Web doivent être librement utilisables par tous. Dans la foulée, en mai 1994, le centre de recherche organise à Genève la première conférence internationale sur le réseau – un événement surnommé depuis le «Woodstock du Web». La suite de cette success story s’écrit désormais sur des millions de sites. Google, Facebook, Yahoo!, Amazon ou Wikipédia sont devenus des noms aussi familiers que l’étaient jadis les sigles des chaînes de télé. En vingt ans, le monde a changé, il s’est à la fois rétréci et élargi. C’est le miracle du Web.