L’abus d’Internet est mauvais pour la santé. Et l’abus de santé sur Internet, c’est encore pire. Si l’on en croit une étude financée par Microsoft et publiée lundi, de plus en plus d’internautes souffrent d’une variante contemporaine de l’hypocondrie surnommée «cybercondrie». A savoir qu’ils sombrent facilement dans la parano en cherchant des informations médicales sur le Web.?
La «cybercondrie» commence en général par une douleur quelconque, souvent une simple migraine. Celui qui en souffre veut savoir comment il peut en guérir. Une petite recherche sur Google et… le voici persuadé que ses symptômes sont ceux d’une tumeur au cerveau! Ce raccourci mental un brin tordu serait de plus en plus courant, selon l’un des auteurs de l’étude de Microsoft, Eric Horvitz, un spécialiste en intelligence artificielle également diplômé en médecine.
«Les gens ont tendance à s’arrêter aux deux premiers résultats qui s’affichent», remarque le chercheur. «S’ils voient le mot «tumeur», ils se jetteront dessus et délaisseront les autres résultats.» Alors même qu’une migraine a beaucoup plus de chances d’être causée par la fringale, le manque de sommeil ou un refroidissement. Le phénomène est connu des médecins depuis longtemps. Lorsqu’il pratique l’autodiagnostic, un patient a toujours tendance à conclure au pire. Or, avec sa surabondance d’informations, le Web se révèle un foyer idéal pour alimenter cette hypocondrie nouvelle manière.
Charte de déontologie
Et la parano n’est pas près de s’arrêter. «Désormais, un patient sur cinq utilise le Net pour se renseigner», constate Celia Boyer, directrice exécutive de Health on the Net, une fondation basée à Genève qui a précisément pour but d’améliorer la qualité de l’information médicale en ligne. «Le danger, déplore-t-elle, c’est que les renseignements fiables et les approximations coexistent sur la Toile. De nombreux malades qui se sont renseignés en ligne n’attendent du médecin qu’une confirmation de leur propre diagnostic.»
Un problème qui s’est encore accentué avec la mode du Web communautaire, dit Web 2.0, note Celia Boyer. «Sur les sites de ce type, n’importe qui peut répondre aux questions médicales d’un internaute et s’improviser docteur.» Pour aider à l’éducation des cybercitoyens, la fondation genevoise a donc établi une charte de déontologie en huit points, avec un accent particulier sur la qualité des sources. Près de 6500 sites Web médicaux dans le monde ont déjà adhéré à ses principes. Celui de la fondation (www.hon.ch) donne l’exemple avec un moteur de recherche très complet.
Signe encourageant, les praticiens genevois sont de plus en plus sensibles à cette nouvelle donne, se félicite Celia Boyer. Selon un récent sondage mené par Health on the Net auprès de 207 médecins du canton, la moitié environ accepterait d’orienter les patients vers un site Web digne de confiance. De quoi soigner sa «cybercondrie»…