Va-t-on tous abandonner Facebook pour émigrer sur Google+? Peut-être pas, mais le nouveau venu force en tout cas son rival à s’adapter. Presque deux mois après son lancement le 28 juin dernier, et alors qu’il est toujours en phase de test sur invitation, le réseau social du géant de la recherche sur le Net compterait déjà 25 millions de membres. Par comparaison, il avait fallu près de deux ans à Facebook pour faire aussi bien…
Terrain très affolé
Ce lancement en fanfare n’est pas le fruit du hasard: après avoir sévèrement limité les nouvelles inscriptions lors du premier mois, par crainte d’un débordement, Google a lâché du lest. Chaque membre de «G+» dispose désormais de 150 invitations à distribuer librement, en attendant l’ouverture définitive du service dans les semaines à venir.
Problème: les premières statistiques disponibles montrent que l’écrasante majorité des utilisateurs est constituée d’hommes (71%), jeunes (58% ont entre 18 et 34?ans) et très largement «technophiles». Google+?saura-t-il dépasser le cercle des «early adopters», ces geeks toujours prêts à tester un nouveau produit, pour atteindre le reste de la population?
A l’image de Laurent Haug, les spécialistes restent sceptiques: «Personnellement, je suis séduit, confie le fondateur de Lift, la conférence genevoise sur l’innovation technologique, mais je pense que Google+?va avoir du mal à attirer le grand public.»
Le réseau social arrive en effet sur un terrain déjà affolé. «Beaucoup de gens ont des comptes à la fois sur Facebook, Twitter, LinkedIn ou autres, rappelle Laurent Haug. Gérer les différents profils prend du temps. Cette multiplication des services va pousser les utilisateurs à n’en privilégier qu’un seul.» Pas sûr qu’ils soient nombreux à vouloir quitter Facebook, où leur vie numérique s’étale souvent depuis plusieurs années, en faveur d’un nouveau venu où tout est à refaire.
Facebook change de filtre
Et pourtant, avec Google+, le géant de l’internet a enfin réussi son entrée dans les réseaux sociaux, après plusieurs tentatives ratées (Wave, Buzz). Son interface très simple et intuitive entraîne une «interaction riche et gratifiante avec les autres membres», estime le fondateur de Lift.
En outre, Google+?donne à l’utilisateur une souplesse idéale dans la gestion de la confidentialité. Son système de «cercles» permet en effet de déterminer immédiatement pour chaque personne ajoutée si elle fait partie des amis, de la famille ou des simples connaissances.
Conscient de ses manques, Facebook vient d’ailleurs de changer une énième fois ses règles en la matière, en introduisant ces jours-ci un filtre de confidentialité… qui ressemble à s’y méprendre à celui de Google+!
Enfin, ce dernier intègre tous les outils de communication possibles et imaginables: vidéo chat de groupe (qui fonctionne parfaitement bien), messagerie instantanée, courriels (avec Gmail), galerie d’images, et bientôt la téléphonie par internet.
Mais l’atout majeur de Google+?est peut-être bien de «réinventer le blogging», selon Laurent Haug. A l’image de Robert Scoble, de nombreux blogueurs y ont déjà migré avec bonheur, attirés par la publication facilitée des contenus (textes, vidéos, liens, images), et la grande qualité des premiers utilisateurs.
Comme Quora, le site de questions qui accueille les stars du Net, Google+?pourrait donc ne retenir à long terme que l’élite high-tech. «Ça ne va rien tuer, conclut Laurent Haug, mais l’outil permettra à Google d’affiner les résultats automatisés de son moteur de recherche par le filtrage humain de son réseau social.»
A moins que Google ne joue à fond la carte des jeux pour attirer le grand public. Angry Birds, Sudoku ou Zynga Poker attendent déjà les internautes sur Google+. Il y a quelques années, cette stratégie ludique s’était révélée payante pour un certain… Facebook.