Vous déambulez dans la ville, iPhone à la main, écouteurs aux oreilles. Sur l’écran du smartphone, des petites bulles de couleur vous indiquent que des «médias» sont disponibles au fil de votre parcours. Uniquement en audio: votre regard fait office de caméra. Si vous marchez d’un bon pas, les séquences restent brèves. Si vous flânez, elles se rallongent. Aussitôt la promenade terminée, vous avez la possibilité de visionner le film que vous venez de vivre.
«Avant, on tournait un film, on le montait et on le regardait; désormais, on va pouvoir le marcher.» Cette étrange invitation à «marcher son film», c’est un cinéaste genevois qui la lance. Avec Walking the Edit, Ulrich Fischer se situe dans un no man’s land artistique et technique aux possibilités aussi fascinantes qu’infinies. Son projet, né dans le cadre du master cinéma de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), conjugue en effet images, sons et géoréférencement.
Processus collaboratif
«J’ai toujours été passionné par les paysages urbains et par le cinéma hors des salles, confie Ulrich Fischer. Walking the Edit me permet de réunir ces deux intérêts. Tout est parti de la question: que puis-je partager avec le spectateur?» Le cinéaste, qui a travaillé dans le domaine de la performance et des installations vidéo, a imaginé un dispositif où le montage est le fruit d’un processus collaboratif: «Par sa façon de marcher, le spectateur participe à la forme du film, il en est le coauteur.»
Complexe, ce projet en cours de gestation se situe à la pointe des recherches dans ce que l’on appelle la «réalité augmentée». Sauf qu’ici, l’utilisateur ne cadre pas un monument ou un paysage avec son téléphone pour recevoir les informations qui y sont associées. Le seul fait de marcher met en branle tout le système.
Le réalisateur a déjà pu tester son concept grandeur nature à Renens, siège de l’ECAL. «Avec d’autres cinéastes, nous avons filmé quelque 3000 «médias», c’est-à-dire des brèves séquences audiovisuelles sans montage.» Une base de données, ou plutôt un «nuage d’images géolocalisées», qui est au cœur de l’expérience Walking the Edit. «Le promeneur équipé d’un iPhone et de notre application réveille ces «médias» grâce à la puce GPS du smartphone, en fonction de son itinéraire et du rythme de marche.»
Les séquences ainsi enclenchées restent dans un premier temps purement audio, «pour éviter que le spectateur n’avance le nez rivé sur son iPhone», précise Ulrich Fischer. Ce n’est qu’une fois le parcours terminé que le «film» généré avec les images correspondant aux sons déjà entendus peut être visionné sur le site de Walking the Edit. «J’espère qu’il sera un jour possible de voir le résultat directement sur le portable, mais techniquement nous n’en sommes pas encore là.»
Guide touristique
A l’origine strictement artistique, le projet d’Ulrich Fischer déborde largement vers d’autres domaines. «Walking the Edit a un énorme potentiel, assure le cinéaste. On pourrait l’utiliser comme guide touristique multimédia ou comme outil de présentation de projets architecturaux.» Ou même comme générateur de films de vacances, capable de mêler les images tournées au même endroit par différents vacanciers.
En attendant ces futurs développements, Ulrich Fischer va présenter son projet à Paris et Rotterdam, où l’intérêt est fort. Et vise un lancement public à Genève pour l’automne 2010.