Ils sont tous là, à l’ITU Telecom World 2009, ou presque. Qui donc? Les principaux acteurs de la prochaine grande bataille des réseaux à Genève, celle qui mènera la fibre optique, donc l’Internet à très haut débit et ses services associés, dans les foyers. Et dans le même carré qui plus est. Car sur le stand «Lake Geneva Region» cohabitent Swisscom, les Services Industriels de Genève (SIG) et Télégenève SA (Naxoo). Trois inconnues d’une équation particulièrement complexe.
Swisscom, tout d’abord, construit à marche forcée un réseau à fibre optique jusqu’au pied des habitations. Afin de ne pas réveiller de vieux démons, l’opérateur historique vante les mérites d’un concept basé sur un réseau à quatre voies, afin de proposer trois des canaux tirés en plus du sien à des partenaires qui peuvent être ses concurrents. Les travaux battent leur plein principalement dans les grandes villes du pays, Genève comprise. A Palexpo, l’opérateur présentait un prototype de robot, sorte d’index articulé et équipé d’une caméra, à même de tirer la fibre optique dans des conduits existants, ce qui permettra d’éviter d’éventrer systématiquement les rues.
Les SIG, ensuite. La régie autonome (qui gère l’eau, l’énergie, le traitement des déchets) à Genève a ravivé en mai dernier ses ambitions en matière de télécommunications régionales. Objectif: raccorder à une fibre optique «maison» quelque 50?000 ménages genevois au cours de ces sept prochaines années.
Un crédit de 184 millions sur quinze ans a été approuvé. Les travaux devraient commencer au début 2010. A Telecom World 2009, les SIG présentent ce que pourraient être les services associés à cette nouvelle tuyauterie (Internet, télévision, téléphonie…), notamment avec des concepts élaborés par Ericsson et VTX.
Télégenève SA, enfin. Ce vétéran du câble, qui équipe 85% des foyers de la ville, est possédé majoritairement par Genève et minoritairement par Cablecom (concurrent de Swisscom en ce jardin). Il est assis sur un réseau récemment modernisé, essentiellement bâti sur le cuivre.
A Telecom 09, la société ne mettait pas moins en avant que cette toile est aussi composée de quelque 120?kilomètres de fibres optiques. Une façon de dire «on est là, il faudra aussi compter avec nous».
Et Georges Desay, directeur du réseau pour Naxoo, d’expliquer qu’en matière de performances, le cuivre coaxial n’avait pas à se sentir dépassé par rapport à une fibre à la mode qui lui dispute ses vertus.
Stratégies non concertées
A cette heure, ces trois acteurs développent et peaufinent des stratégies parallèles. L’Office fédéral de la communication (OFCOM), venu aussi à Genève chanter sa partition (lire ci-dessous), laisse entendre que cela pourrait changer.
La ComCom sort réjouie de table
Il n’y aura pas de construction de réseaux parallèles. Swisscom et les entreprises électriques vont coordonner le développement de ces réseaux. C’est un câble multifibre à plusieurs voies qui arrivera au pied des habitations puis dans les foyers. L’accès à ce réseau à canaux multiples sera ouvert et sans discrimination physique ou technique.
Telles sont les avancées présentées cette semaine à Genève par la Commission fédérale de la communication (ComCom) et l’Office fédéral de la communication (OFCOM). Un résultat obtenu à l’issue d’un quatrième tour de table tenu en marge de Telecom 09 et qui a réuni les représentants des opérateurs suisses (dont Sunrise et Orange), des entreprises électriques (dont les SIG) et les câblo-opérateurs (dont Cablecom). Il y avait ainsi dans le bilan provisoire de Marc Furrer, président de la ComCom, un côté «tout va très bien, Madame la Marquise». Et un contraste net avec les positions, disons plus prudentes, d’entreprises qui ont encore toutes les peines du monde à croire que Swisscom va jouer le jeu de la concurrence ou qu’un front commun pour contrebalancer le poids de l’opérateur historique est possible.
Concrètement, cette concertation devrait bénéficier aux ménages. Ceux qui auront la chance d’être parmi les premiers raccordés. Ils peuvent ainsi espérer échapper à la multiplication de prises différentes selon que le service soit proposé par Sunrise, Swisscom, Orange, VTX ou autres. Les exploitants se sont en effet accordés sur un type unique de prise. De plus, aucun obstacle majeur ne devrait contrarier toute volonté de changer de fournisseur de services en cas d’insatisfaction. Reste cependant de nombreuses questions en suspens, liées aux prix notamment. Et en particulier à Genève, ou ces règles du jeu générales n’ont pas encore débouché sur un accord officiel.
(JChC)