WEB

Facebook: un nouveau profil qui inquiète

Par LUCA SABBATINI le 18.02.2009 à 00:00

Le réseau social a changé son règlement. Désormais, le contenu publié par ses utilisateurs lui appartient même après fermeture du compte. Polémique.

Une fois de plus, Facebook crée la polémique. Le 4 février dernier, le premier réseau social du Web (150 millions de membres et 222 millions de visiteurs par mois) a modifié ses conditions d’utilisation. Depuis, la blogosphère frémit d’indignation.

Qu’est-ce qui a donc changé? A la fois beaucoup et pas grand-chose. D’une part le site réaffirme son droit à s’approprier votre profil et l’intégralité de ce que vous y mettez – textes, photos, données personnelles – pour en faire ce que bon lui semble. En réalité, l’une des phrases qui fâchent n’est pas nouvelle, elle apparaissait déjà dans la précédente version des conditions d’utilisation: «Vous accordez à Facebook le droit irrévocable, perpétuel, non exclusif, transférable et mondial (avec l’autorisation d’accorder une sous-licence) d’utiliser, ­copier, publier, diffuser, stocker, exécuter, transmettre, scanner, modifier, éditer, traduire, adapter, redistribuer n’importe quel contenu déposé sur le site.»

La nouveauté réside en fait dans une omission. Un garde-fou capital a été éliminé du texte légal. Dans l’ancien règlement, il était précisé: «Votre contenu d’utilisateur peut être effacé du site à n’importe quel moment. Si vous l’effacez, le droit accordé à Facebook évoqué précédemment expirera automatiquement, mais notez que l’entreprise peut en conserver des copies archivées.»

Désirs contradictoires

Bref, la disparition de cette phrase n’empêche plus désormais Facebook d’utiliser ce que vous avez publié sur votre compte, même après fermeture de celui-ci. Comme la nuance ne sautait pas aux yeux, il a fallu attendre une dizaine de jours pour voir les premières réactions, notamment sur un site américain de défense des consommateurs, The Consumerist, et sur le blog de l’écrivain Edward Champion (Edrants.com), qui a aussitôt fermé son compte Facebook en adressant une bordée d’insultes à l’endroit du réseau social…

Devant cette levée de boucliers, le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, ne pouvait pas rester les bras croisés. Mardi, sur le blog officiel du site, il expliquait d’un ton qui se voulait rassurant: «Nous ne souhaitons pas utiliser vos données personnelles d’une façon qui ne serait pas acceptable pour vous. La confiance dans notre réseau afin de partager des informations est l’aspect le plus important de notre travail et de nos efforts.»

Et le jeune chef d’entreprise de souligner la complexité du problème: «Les gens veulent avoir le contrôle complet sur leurs informations (…), mais ils veulent aussi avoir la possibilité de les partager avec qui bon leur semble sur d’autres sites.» Face à ces désirs contradictoires, qui restent pour l’instant irréconciliables techniquement, Mark Zuckerberg rappelle que chaque personne est responsable du contenu qu’elle met en ligne.

Gérer sa sphère privée

Alors, tempête dans un verre d’eau? «Bien sûr, on a l’impression que Facebook a pris en otage ses utilisateurs, ce n’est pas correct de changer les règles du jeu en cours de route», estime Stéphane Koch, spécialiste genevois en sécurité de l’information à l’enseigne d’Intelligentzia.ch. «Cela dit, il faut rappeler que Facebook offre un service gratuit qui connaît un énorme succès, mais qui coûte cher en frais de maintenance et de développement. Pour survivre, le site doit absolument trouver un modèle économique viable, notamment à travers des publicités ciblées.» D’où la nécessité d’avoir accès aux données des utilisateurs.

Le meilleur moyen de prévenir les abus, note Stéphane Koch, reste une «gestion attentive de sa sphère privée». En clair: ne rien publier qu’on pourrait regretter plus tard…

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