La sortie de l’iPad a beau avoir été repoussée à la fin du mois d’avril en Suisse, l’objet qu’Apple qualifie avec sa modestie coutumière de «magique et révolutionnaire» ouvrira le bal, quoi qu’on en dise. La tablette n’est certes pas la première à tenter sa chance, mais la puissance de feu promotionnelle du géant américain, son sens de l’ergonomie et sa bibliothèque de contenus déjà disponibles sur l’AppStore devraient lui permettre de conquérir une clientèle bien moins confidentielle. L’ampleur de la déferlante n’est pas sans agacer une concurrence qui, jusqu’ici, n’a pas suscité les mêmes attentes. Voilà les adversaires, nouveaux ou de toujours, devenus nerveux. Les plus sérieux sont…
Amazon: en quelques mois, le commerçant en ligne nord-américain (livres, DVD, électronique de divertissement…) a bâti un écosystème remarquable (aux Etats-Unis surtout) autour de sa tablette maison, le Kindle. Mais ce livre numérique à base d’encre électronique et ses variantes ont pris un méchant coup de vieux technologique avec l’annonce de l’iPad. Amazon réagit en revoyant sa politique de prix avec les éditeurs, en envisageant des modèles plus tactiles et plus multimédias (oui, mais quand?) et en fricotant avec Microsoft, qui pourrait intégrer le savoir-faire d’Amazon dans ses propres projets. S’il pouvait s’ouvrir aux contenus francophones, ce serait bien aussi.
Google: ex-allié objectif d’Apple, Amazon se profile de plus en plus comme un concurrent direct. Symbole de cette nouvelle rivalité, les téléphones Android, basés sur un système d’exploitation conçu par la firme de Mountain View, marchent de plain-pied sur les plates-bandes de l’iPhone. Google laisse également entendre qu’il pourrait se lancer sur le marché des tablettes tactiles. Joignant le geste aux intentions, Google affiche ostensiblement des photos de prototypes à base de Chrome OS (autre système d’exploitation maison) qui pourraient bien ne pas rester longtemps des embryons. Pendant ce temps, Archos, fabricant français de baladeurs, pas découragé de ses déconvenues avec une tablette à base de Windows 7 et de Linux, s’est pris d’affection pour Android. La preuve par le site du constructeur: www.archos.com.
Sony: si même le géant endormi se réveille, où va-t-on? Au début du mois, le Wall Street Journal a affirmé que l’entreprise nippone élabore un appareil à même de rendre floues les frontières entre un netbook, une «liseuse» numérique et… la PlayStation Portable (PSP). Autrement dit, Sony veut aussi son iPad maison et fissa. Si cela devait être confirmé, ce serait rendre à Apple la monnaie de sa pièce: les capacités ludiques de l’iPhone (et donc de l’iPad) font de l’ombre à la console de poche de Sony.
Microsoft: pétard mouillé au CES 2010 en janvier, mais effet d’annonce convaincant autour des futurs Windows Phones Série 7 un mois plus tard à Barcelone… Microsoft recommence à être crédible dans le rôle du «je pars tard mais j’ai les moyens de revenir en course».
Et en Suisse?
Ici aussi, on cherche la ou les tablettes idéales à nourrir en contenus locaux. Les éditeurs suisses associés avec Swisscom comptent toujours articuler une offre commerciale d’ici à la fin de l’année, mais le test grandeur nature avec un modèle encore à sélectionner n’est pas entamé. Notre petit doigt nous dit que le noir et blanc n’a plus trop la cote.?