Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, avait pourtant promis de mettre le «respect des données privées» au sommet de ses préoccupations. Chassez le naturel, il revient au galop. Depuis mercredi dernier, plusieurs modifications du fonctionnement du site de socialisation incitent sournoisement ses utilisateurs à partager davantage de contenu avec moins de contrôle.
Il y a dix mois, le réseau social aux 350 millions de membres avait déjà tenté de modifier son règlement, en s’appropriant notamment les données privées des internautes. Surpris par l’ampleur des protestations, il avait fait marche arrière.
Mais la tornade Twitter est passée par là. Confronté comme Google au succès croissant du site de microblogging, qui génère un trafic colossal avec ses messages en temps réel accessibles à tous, Facebook se devait de réagir. Comment? En cherchant à exploiter le riche contenu publié par ses utilisateurs.
Après «une vaste consultation», des «outils de transition» ont donc été installés ces derniers jours. But de l’opération: tester leur efficacité grandeur nature. Hélas, comme toujours avec Facebook, les beaux discours de Mark Zuckerberg camouflent des manquements importants aux principes élémentaires de confidentialité.
Trois problèmes graves
Disons-le d’emblée. Tout n’est pas mauvais dans le nouveau dispositif de Facebook. Certaines nouveautés sont même qualifiées de «louables» par l’Electronic Frontier Foundation (www.eff.org), fondation américaine qui milite pour la protection de la sphère privée sur Internet.
Dans cette catégorie, on trouve une option qui était demandée depuis longtemps: la possibilité pour l’utilisateur de gérer la confidentialité de chaque message, image ou vidéo qu’il poste sur Facebook. Une case apparaît, lui demandant de définir qui peut accéder à l’information publiée, amis, amis des amis ou tout le monde. C’est bien, mais c’est peu.
Car les autres changements sont carrément «laids», selon l’Electronic Frontier Foundation. Trois modifications paraissent particulièrement problématiques. La plus grave? Avec l’ancien règlement, l’internaute pouvait limiter les informations publiques de son compte. Désormais, des données aussi capitales que la photo du profil, la ville de résidence, la liste d’amis, le sexe de l’utilisateur et les pages dont il est fan sont visibles par tous, sans restriction possible. Une simple recherche sur Google y donne accès.
Pire: les applications tierces (jeux, quiz…) peuvent puiser dans vos informations même si vous ne les autorisez pas. Il leur suffit de passer par les profils de vos amis qui, eux, les autorisent. Pas très joli, en effet.
Vérifiez vos paramètres!
En outre, Facebook introduit des «recommandations» sur la manière de régler la confidentialité qui, si elles sont suivies, protègent en réalité moins les données privées de l’utilisateur. Un exemple? Avant, la «situation amoureuse» était par défaut accessible uniquement aux amis; désormais, elle est publique par défaut, et Facebook «conseille» de la laisser ainsi.
Enfin, la nouvelle page de contrôle de la confidentialité ne donne le choix qu’entre les anciens réglages choisis par l’utilisateur et les douteuses «recommandations» de Facebook. En dehors de ces deux options, point de salut.
En attendant une hypothétique (énième) volte-face du site de socialisation, chaque usager aura donc intérêt à vérifier attentivement ses paramètres de confidentialité pour s’assurer qu’ils correspondent toujours à ses souhaits.