Votre grand-père fait du gringue à votre épouse qui semble aimer ça? Votre belle-sœur vous traite de grosse vache tous les dimanches à table? Les mômes ont renversé le pot de Nutella sur la moquette et marché dessus? Bref, vos proches vous tapent sur les nerfs? Ben, il s’agirait peut-être de raconter tout ça. Il parait que la confession soulage. Filez donc sur jaime-ma-famille.com. Soit le blog qui compile les pires tranches de vie familiale.
Cadavres dans le placard
Ouvert il y a quelques semaines à peine, ce site singulier totalise déjà quelque 50?000 visites et une bonne soixantaine de témoignages. Démarrage express donc. Sans doute grâce à un fonds de commerce particulièrement riche. Car il n’y a guère que dans La petite maison dans la prairie où le cocon familial dégouline de gentillesse et d’harmonie. Partout ailleurs, les cadavres s’empilent dans le placard; les non-dits et rancœurs pullulent; les vexations et coups bas pleuvent. «Familles, je vous hais», tempêtait un jour André Gide. Il aurait adoré se balader sur ce site-là.
Ne vous attendez pourtant pas à une litanie de confessions gore. Cette prose demeure le plus souvent drôle et grinçante. Parfois émouvante. «On a souhaité entretenir un esprit bon enfant et amusant. Il ne s’agit pas d’un site sur la maltraitance ni d’un appel à la dénonciation», sourit la brune Marlène Schiappa, 27?ans et activiste sur le Web, l’une des trois responsables de jaime-ma-famille.com. «Les contributions sont ainsi modérées. On écarte les messages trop glauques ou qui accusent quelqu’un nommément.»
Radineries et mensonges
Drôle d’idée tout de même que ce déballage de déboires familiaux. «En fait, depuis plusieurs années, on rêvait d’écrire un essai sur les problèmes relationnels que nous rencontrons avec nos parents soixante-huitards», explique la blogueuse. «Soit des gens entre 50 et 60?ans, souvent divorcés, enclins à une existence sans entrave et pas nécessairement portés sur l’éducation traditionnelle.» Marlène et ses deux collègues, Loïc Lecanu et Raphaël Pivert, cogèrent une société de contenu éditorial sur le Web. «Ecrire un essai, ce n’était pas vraiment notre spécialité. Ouvrir un blog, oui.»
Les trois instigateurs lancent la machine avec leurs propres anecdotes et celles de proches. Puis les premières contributions arrivent. Le plus souvent issues de jeunes adultes autour de la trentaine, épinglant les maladresses, radineries, mensonges, vacheries, volontaires ou pas, de leurs géniteurs. Tous les textes s’achèvent par un «j’aime ma famille!» bien décalé. Ce qui n’est pas sans évoquer le «VDM», qui conclut toutes les collaborations au site vie-de-merde.fr, une autre caisse de résonance aux petits tracas privés et brimades quotidiennes. Comme quoi, le confessionnal online a de l’avenir.