Interview

Pour Pierre Maudet, interdire la pub pour les crédits aux jeunes est insuffisant

Par Propos recueillis par Xavier Alonso le 27.09.2011 à 06:19

Président de la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse (CFEJ), le maire de Genève Pierre Maudet donne son avis sur la proposition socialiste d'interdire la pub pour le petit crédit.

La Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) appuie la proposition socialiste d’interdire la pub pour le petit crédit. Son président n’est autre que le maire de Genève, Pierre Maudet. Le libéral radical de 33 ans se profile souvent comme un interventionniste en matière de protection de la jeunesse. Interview en marge du débat de mardi au National.

La  CFEJ soutient la proposition d’interdire la pub pour le petit crédit de la socialiste vaudoise Josiane Aubert. Son président libéral radical aussi?
Je l’endosse pleinement comme président. D’ailleurs notre commission s’est souvent fait l’écho de cette grave problématique de l’endettement des jeunes. A titre personnel, j’avais proposé des mesures plus radicales. Comme celle de ponctionner de 1% les organismes de crédit à la consommation pour financer la prévention.

Vous êtes donc opposé à l’interdiction de la pub?
Tout ce qui permet une prise de conscience de cette véritable bombe sociale qu’est l’endettement des jeunes doit être soutenu. A titre personnel, je suis sceptique sur l’efficacité de l’interdiction en Suisse de la publicité, car les jeunes entrent souvent en contact avec les organismes de crédit par des sites Internet, le plus souvent hébergés à l’étranger. En 2007 déjà, une étude du département fédéral de justice faisait apparaître que plus d’un tiers des jeunes de 18 à 24 ans était endetté.

Mais cette étude disait aussi que la moitié était endetté pour des petites sommes et auprès de leurs parents ou de membres de leur famille?
La situation s’est détériorée depuis lors. En juillet 2011, une autre étude d’une société de recouvrement démontrait que deux jeunes sur cinq, en milieu urbain, ont pris l’habitude de vivre à crédit. Cela les conduit parfois aux poursuites, et donc ils rencontreront ensuite des difficultés pour trouver un logement, voire un emploi. Etre marginalisé pour quelques milliers de francs n’est bon pour personne.

Vous êtes un libéral, pourtant on sent que la thématique vous irrite?
Toutes les démarches sont bonnes à prendre: l’éducation dans les écoles, la responsabilisation des entreprises, et l’interdiction de la publicité, même si elle n’est pas la panacée. Je suis tout de même choqué quand je vois certaines campagnes de pub: l’achat de téléphones, le budget communication, l’acquisition d’un scooter ou d’une voiture, tout semble à portée de main. D’ailleurs Swisscom - à 60% en main de la Confédération - devrait joue un rôle proactif quand on sait les bénéfices qu’elle tire des SMS et des communications des tarifs jeunes. Et les jeunes s'endettent de plus en plus pour leur téléphone!

Vous aimeriez brider le volume de communications des jeunes, comme on bride les « boguets » à 30 km/heure par sécurité?
(Rires)  La question se pose... Les entreprises aussi ont une responsabilité. Et au final tous ces jeunes qui démarrent dans la vie professionnelle avec une prestation d’assistance ont un coût social dont on parle rarement. La corrélation entre dettes et aide sociale a été maintes fois démontré.