Il a presque retrouvé son statut de star. Que ce soit dans la construction ou dans l’énergie. Embelli par ses vertus durables. Et pourtant, on a moins récolté de bois l’an dernier en Suisse (–7,5% à 5,3 millions de m³). Davantage qu’à la brise locale, les producteurs ont ainsi répondu au vent soufflant sur les marchés internationaux. La chute du marché immobilier américain a entraîné des surcapacités en Europe, pesant sur la demande de bois brut, donc sur les prix. Et alors que ces derniers reculaient, «les propriétaires et les entreprises forestières ont fortement réduit leurs coupes au deuxième semestre», explique l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) dans le rapport publié hier en collaboration avec son homologue de la statistique. Et cela même si la baisse des prix entre Alpes et Jura était moins forte qu’ailleurs en Europe.
Ce coup de hache dans la récolte a surtout été marqué chez les privés (–12%), alors que les entreprises forestières publiques (61% de la production) se montraient moins tranchantes (–6%). Elles, qui ont dû enregistrer des rendements à la baisse. Tant pis donc pour «le marché suisse, relativement stable malgré la dégradation de la conjoncture», constate le rapport. Au final, 2008 a vu les exportations de bois diminuer (–25%) et les importations progresser (+60%).
Pas que conjoncturel
Pas surpris par ces chiffres, Jean-François Rime, président de l’Industrie du bois suisse, ajoute qu’«il y a peu de réserves de résineux sur le Plateau, une région qui, par ailleurs, paie encore – et va encore payer – les conséquences de l’ouragan Lothar». S’il ne se dit pas préoccupé pour l’heure pour les scieries suisses – il garde néanmoins un œil attentif sur l’évolution du franc face à l’euro – ce ne sera pas forcément le cas à plus long terme. La situation n’est donc pas que conjoncturelle et varie beaucoup selon les segments de marché.
Sans surprise, s’il est une récolte qui a flambé, c’est bien celle du bois-énergie (+5% à 1,4 million de m³). Mieux: selon l’Office fédéral de l’énergie, la production d’énergie à partir du bois a bondi de 13,1% en 2008. Une différence qui s’explique par la multitude des filières d’approvisionnement, résume Alain Bromm, d’Energie-Bois Suisse.
Bois d’oeuvre plus cher
Avec quelles conséquences sur les prix? Alors que le bois d’œuvre demeure plus rentable pour un producteur, l’écart se réduit quelque peu en raison de la récente poussée du bois-énergie (voir infographie). En fait, explique Alain Bromm, le prix de ce dernier en Suisse est fortement imprégné par l’évolution des coûts du mazout et de la main-d’œuvre. «Le bois d’industrie est par ailleurs plus sensible à la conjoncture», ajoute Tatiana Pasi, de l’OFEV. Celle-ci tient à préciser que la situation reste à des niveaux intéressants historiquement parlant. Et elle se dit convaincue qu’avec la reprise, la demande devrait encore progresser après 2010. Alain Bromm ne peut, lui, détacher ses yeux de la courbe de l’indice des prix: «Actuellement, le niveau est proche de celui des années 90, voire en dessous si l’on tient compte de l’inflation.» L’industrie du bois s’inquiète, elle, du potentiel d’exploitation de la forêt suisse.