UBS a-t-elle trompé la Banque nationale suisse (BNS) ? Deux titres de la presse alémanique se sont permis cette terrible question en ce jeudi 11 mars 2010 : le Tages-Anzeiger et le Blick. Sans la poser formellement, la Finanz und Wirtschaft l’a elle aussi suggérée dans ses éditions de la veille.
La troisième publication met en effet en évidence deux données : la BNS a annoncé la semaine dernière une perte de 2,8 milliards de francs dans la gestion d’actifs illiquides provenant d’UBS, de son côté la première banque helvétique aurait elle réussi un bénéfice de 600 millions de francs en se livrant au même pensum, selon la Finanz und Wirtschaft.
Petit rappel. Ces actifs toxiques, comme des dettes d’étudiants américains titrisées et portant sur un montant total de 11 milliards de francs, ont menacé la stabilité financière d’UBS. La Confédération et la BNS ont donc dû se porter au secours du numéro deux mondial de la gestion de fortune. A cette fin, une société dite de défaisance a été créée en novembre 2008: StabFund SNB.
UBS a ainsi pu évacuer de son bilan des actifs pourris à hauteur de 38 milliards de francs, placés sous la responsabilité de StabFund SNB, présidée par Thomas Jordan, membre de la direction générale de la BNS. La première banque helvétique en a gardé pour 16 milliards dans ses propres comptes.
Ce partage s’était fait à l’issue de négociations très serrées. Et, aujourd’hui, l’énorme écart entre les performances d’UBS et de la BNS, avec les mêmes types de placements malheureux, suscite de graves interrogations. Même si, il est vrai, il était convenu dès le départ que la structure de défaisance hériterait des poisons financiers les plus menaçants pour le bilan d’UBS.
Mais Oswald Grübel ne s’est pas contenté de rappeler cet élément. Le président du directoire d’UBS s’est fâché tout rouge et a balayé sur son passage toutes les questions désagréables : « La BNS n’a pas subi de pertes dans la gestion des papiers-valeurs provenant de notre banque. Au contraire, elle a gagné 600 millions de dollars en les finançant. UBS n’a en outre pas gagné un sou dans la gestion du fonds en cause. Elle n’a au contraire eu que des coûts jusqu'à maintenant. »