Tout a dévissé, hier, à nouveau. A la surprise générale, la Banque nationale suisse (BNS) a abaissé ses taux de référence de 1 point, pour revenir à une marge oscillant entre 1,5 et 2.5% . Sans évoquer, pour la Suisse, le mot de «récession», les sages de la BNS ont toutefois voulu afficher un signal fort: la machine doit continuer à tourner, au risque, à l’inverse, de se gripper dangereusement. Se référant à l’ampleur inédite de la détente, Janwillem Acket, économiste à la Banque Julius Bär, résume ainsi parfaitement le sentiment général: «Il faut sortir la grosse artillerie, la politique des petits pas n’a plus aucun sens.» Tenter de maintenir le crédit à flot (pour les entreprises surtout, mais aussi pour la construction); sauvegarder la machine économique: tels sont les objectifs de la BNS, qui, en réagissant hier aussi brutalement, ne fait que répondre aux craintes qui s’expriment face aux Etats-Unis, où l’on craint désormais une déflation grave. Hélas! Cette détente exceptionnelle n’y a rien fait. Les marchés européens, et helvétique en particulier, ont chuté très lourdement hier.
Vers un rachat d’UBS?
En signe de symbole, les actions d’UBS et du Credit Suisse ont été tout particulièrement attaquées. Le titre UBS a carrément frisé les 10 francs, hier. Dix francs, alors qu’il y a, à peine un an, il valait encore près de 50 francs! Il s’avère ainsi que, malgré le plan de sauvetage de 68 milliards de francs, octroyé par la Confédération et la Banque nationale suisse, rien n’y fait. La grande banque suisse se trouve désormais au cœur de toutes les tempêtes. Et pour cause. UBS et Credit Suisse continuent non seulement à souffrir de la défiance viscérale que ressentent les investisseurs, face aux risques cachés ou à venir qu’elles portent encore en elles. Mais, pour UBS, les difficultés «annexes» qu’elle véhicule, pèsent en outre très lourd. On a ainsi appris, hier. que la première plainte d’un client américain venait de parvenir auprès du Département fédéral des finances. Mauvaise nouvelle. Ainsi, UBS se voit aujourd’hui prise en étau, confrontée non seulement aux assauts du fisc américain pour incitation à la fraude fiscale, où la grande banque suisse encourt des centaines de millions de francs d’amende. Mais, désormais, ses clients américains poursuivent UBS, pour avoir révélé au même fisc américain des données confidentielles les concernant…
Subprime, fraude fiscale, système bancaire à terre: voilà qui fait trop pour une seule banque! Comme l’explique un courtier genevois, «La crainte d’un effondrement du système bancaire auquel s’ajoute le collapse des géants de l’automobile –, ainsi que l’évocation non plus d’une récession, mais d’une véritable déflation, ont conduit les grands investisseurs comme les petits porteurs, à fuir toutes les valeurs boursières. Y compris celles qui appartiennent aux secteurs les plus défensifs, comme l’alimentation.» A 40 milliards de francs, aujourd’hui, UBS est-elle dès lors devenue un objet de rachat? La question est légitime. Las! Plus personne n’en veut, car les liquidités manquent. La chute infernale n’a plus de fin.? L’action UBS a carrément frisé les 10 francs, hier.