Empêtrée dans ses multiples déboires, l'UBS opère un transfert spectaculaire pour rétablir la confiance. Le numéro un bancaire suisse est allé chercher comme nouveau chef Oswald Grübel, l'ancien patron et redresseur de son dauphin le Credit Suisse.
Pressée de toutes parts de prendre des mesures radicales dans sa direction, l'UBS a tranché. Mais elle se garde bien de laisser entendre qu'elle s'est débarrassée de son patron Marcel Rohner après moins de deux ans: «il a démissionné», dit-elle.
Son choix de le remplacer par Oswald Grübel est salué aussi bien par l'administration que par les milieux politiques et les analystes, vu l'expérience de ce dernier en temps de crise. L'Allemand de 66 ans a piloté avec succès la restructuration de la deuxième banque suisse. Ramener le calme
L'UBS réussit donc à convaincre que son nouveau capitaine ramènera un peu de sérénité, et c'est bien là son but. Elle souligne que son nouvel homme fort, affichant près de 40 ans de carrière au Credit Suisse, a «rétabli la confiance» envers ce groupe alors qu'il traversait une phase turbulente.
Oswald Grübel est entré au Credit Suisse en 1970. Il a gravi les échelons jusqu'à en devenir co-directeur général en 2003, puis directeur général de 2004 à 2007: il s'agissait alors de relever le groupe, englué dans les lourdes pertes de sa banque d'affaires.
M. Grübel a dû faire table rase de la stratégie de son prédécesseur Lukas Mühlemann, restructurer la banque en supprimant des milliers d'emplois, et la remettre sur le chemin des bénéfices.
Il se trouve face au même objectif en prenant la tête de l'UBS. Il s'agit de retrouver les chiffres noirs dans tous les secteurs, y compris la banque d'affaires qui a plombé les derniers résultats, a indiqué Oswald Grübel, sans pour autant formuler de prévision sur 2009, vu la volatilité des marchés.
Salaire de 3 millions
Le nouveau chef recevra un salaire annuel fixe de 3 millions de francs, a-t-il indiqué à l'ATS, ajoutant qu'il resterait en poste «jusqu'à ce que le travail soit terminé». Il a en revanche refusé de commenter pour l'instant les démêlés judiciaires de l'UBS aux Etats-Unis.
Quant à son prédécesseur, il s'en va sans parachute doré: l'UBS ne lui verse pas d'indemnité de départ, selon un porte-parole. Marcel Rohner, 44 ans, ne part toutefois pas les mains vides puisqu'il reçoit un an de salaire comme le prévoit son contrat.
Début janvier, M. Rohner a fait part au conseil d'administration de son intention de se retirer après la conclusion de la phase de repositionnement de la banque d'investissement et de la restructuration des activités de gestion de fortune qui était en cours, explique l'UBS. Par la petite porte
Pendant sa carrière à l'UBS, notamment depuis sa nomination comme CEO (Chief Executive Officer), Marcel Rohner a fait preuve d'un engagement sans faille envers nos clients, nos actionnaires et nos collaborateurs, écrit la grande banque. «Nous lui sommes très reconnaissants pour ses contributions.»
Marcel Rohner avait remplacé Peter Wuffli comme patron au début de la crise à l'été 2007 alors qu'il était son adjoint. L'UBS affichait alors des résultats en recul depuis trois trimestres.
Mais depuis, le colosse bancaire n'a fait que s'enfoncer dans les problèmes. Il est passé du statut de fleuron suisse à celui de paquebot en perdition, en difficultés sur tous les fronts.
Ces deux dernières années, l'UBS a ainsi cumulé des pertes gigantesques liées au subprime, de multiples ennuis juridiques aux Etats-Unis et des retraits massifs de clients qui ont perdu confiance dans sa solidité et ses pratiques.
Au fil des mois, les dirigeants ont été obligés de faire davantage profil bas. Le président Marcel Ospel lui-même, qualifié de «Pinocchio de la finance», avait dû quitter le navire en avril 2008 sous les huées des actionnaires.
Le président actuel, Peter Kurer, n'a pas non plus été épargné par les critiques. Le Département fédéral des finances (DFF) a rappelé que son avenir dépendait des actionnaires.