De la colère peut-être. De la déception sûrement. Mais ils n’oublient pas pour autant à quel point UBS et Credit Suisse font partie intégrante de leur paysage économique, voire culturel. Car l’une comme l’autre participent à l’essor du pays depuis le milieu du XVIIIe siècle.
La disparition, peu probable, de l’une d’entre elles résonnerait ainsi comme un terrible tremblement de terre. Même pour ceux qui ne les portent pas dans leur cœur. Mises ensemble, UBS et Credit Suisse totalisent, en Suisse, 46?000 employés, et dans le monde, près de 132?000.
Leurs actifs sous gestion comptent respectivement pour 2763 milliards de francs suisses et 1412 milliards, ce qui les place à la première et à la cinquième place des plus grands établissements bancaires de la planète. Ce n’est pas tout. La valeur ajoutée du secteur financier et bancaire helvétique a représenté 57 milliards de francs en 2007, les deux grandes banques s’arrogeant la part du lion. Quant aux contributions fiscales de ce même secteur, au niveau fédéral, cantonal et communal, elles se sont situées l’année dernière dans une fourchette de 10 à 15 milliards de francs.
Pertes fiscales attendues
On est donc très loin de l’anecdotique. Du reste, et à cause des chutes boursières et de l’enlisement des grands établissements dans la crise du subprime, la Confédération s’attend à une perte fiscale d’environ un milliard de francs pour l’année en cours.
Le canton de Zurich, qui s’attend à un recul de ses recettes de 400 millions de francs, n’est guère plus à la fête. Quant à l’Etat de Genève, il envisage que les contributions de sa place financière pourraient diminuer d’un tiers lors de l’exercice 2009-2010.
Certains imaginent que la pléthore de banques qui peuplent la Suisse pourraient bien se débrouiller sans les deux mastodontes. Il n’en est rien, comme le rappelle, Nicole Beiner, docteur en économie et finance. «Leurs fonds propres, bien supérieurs à ceux des autres établissements, leur donnent accès à des activités spécifiques, notamment sur le marché des produits dérivés. UBS et Credit Suisse ont beaucoup investi en logistique et en expertise dans ce domaine. Sans elles, certaines grosses sociétés ne pourraient pas se prémunir contre certains risques.»
Ce n’est pas tout. Sur le marché des devises, les deux grandes banques suisses participent au fonctionnement de la CLS Bank, une structure internationale qui assure le règlement des opérations de change au moyen d’un système de règlement en continu. Sans elles, les risques encourus par les acteurs de ce marché seraient bien plus élevés.
En outre, UBS et Credit Suisse sont aussi un partenaire commercial de premier plan pour nombre d’établissements, ce que confirme Nicolas de Saussure, porte-parole de la Banque Cantonale de Genève (BCGE). «Ces deux banques sont des contreparties importantes pour nous, notamment dans le domaine des prêts interbancaires. Personne dans le secteur n’imagine pouvoir travailler sans elles.»