Les nuages qui s’amoncellent dans le ciel économique mondial n’éviteront pas la Suisse. Reste la question de savoir si la diversification des zones d’exportation de son économie, entre autres atouts, lui servira d’abri provisoire. Le Créa, l’institut de macroéconomie appliquée d’HEC Lausanne, en doute et ose le mot récession pour 2009. Après avoir constaté la nette décélération conjoncturelle sur les deux rives de l’Atlantique, il ajoute que «si les pays émergents ont pu jusqu’à présent soutenir l’économie mondiale, ils ne tarderont pas à subir eux aussi les conséquences du fléchissement des activités dans les pays dont ils dépendent».
A l’instar de leurs confrères, les économistes lausannois ont donc revu à la baisse leurs prévisions de croissance de l’économie suisse pour l’année en cours et pour 2009 (voir infographie). Ils se sont pliés à cet exercice automnal traditionnel rendu encore plus périlleux par l’amplitude des mouvements actuels sur les marchés et la rapidité avec laquelle la crise s’étend. En cause notamment, précise Delia Nilles, directrice adjointe, «le climat général de méfiance». Ainsi, «l’économie suisse entrera en récession dès le premier trimestre 2009». Le Créa pronostique donc même un -0,6% pour l’an prochain, le taux «le plus bas depuis 1991».
Coup de frein à l’export
A l’origine de ce pessimisme, «en premier lieu», un fort coup de frein des exportations, «d’autant plus que le franc est en train de retrouver son rôle de monnaie refuge». Puis, Delia Nilles dessine le cercle vicieux caractéristique qui va finir par toucher sérieusement la consommation intérieure – qui «restera le moteur de l’économie en 2008» – à savoir: baisse des exportations, baisse des carnets de commandes, baisse de l’emploi, baisse des dépenses des ménages. Et la reprise? Pas avant 2010, et encore, puisque l’institut ne voit pas la croissance dépasser les 0,5% au tournant de la décennie.
L’institut bâlois BAK se refuse, lui, de parler de récession. Certes, l’économie suisse va subir un coup de froid, mais elle va retrouver une nouvelle dynamique dès la deuxième partie de l’année prochaine et afficher «une solide croissance de 1,7% en 2010». Ce souffle d’optimisme se justifie notamment par l’effet positif des récentes interventions étatiques. Ou encore par l’état relativement sain du marché immobilier helvétique, épargné par la spéculation, voire par la capacité concurrentielle de l’industrie suisse. Il table en outre sur une certaine résistance des pays émergents, plus outillés qu’autrefois pour faire face aux crises.
Dans son analyse par branche (voir infographie) et par région publiée hier, le BAK insiste sur le fait que la valeur ajoutée du secteur financier va reculer d’environ 2% cette année et l’an prochain. Seront alors particulièrement touchées les régions Zurich-Aarau, lémanique et, dans une moindre mesure, tessinoise. Pour l’axe Lausanne-Genève, l’économie passera globalement d’une croissance de 3,6% en 2007 à 1,9% cette année et 0,7% l’an prochain. Et les montres? Le BAK reste confiant dans la capacité des pays émergents à soutenir des exportations horlogères qui devraient toutefois renoncer à leur désormais traditionnelle croissance à deux chiffres.
La Fed agit à nouveau
Comme attendu, la Réserve fédérale (Fed) a baissé hier son taux directeur de 0,5 point à 1,0%, pour aider une économie américaine en crise et tenter de compenser les effets de «l’intensification» des turbulences boursières. Cette neuvième baisse depuis l’été 2007 ramène le taux à
un niveau historiquement bas, mais déjà expérimenté en 2003-2004. La Fed a aussi abaissé son taux d’escompte de 0,5 pt, à 1,25%.
Le Comité de politique monétaire de la Banque centrale (FOMC) a dressé un tel tableau de la première économie mondiale que plusieurs analystes s’attendent à une nouvelle baisse de taux d’ici à la fin de l’année. «Le rythme de l’activité économique semble avoir ralenti de façon marquée, pour une grande part du fait de la baisse de la consommation des ménages», a précisé la Fed. On en saura plus cet après-midi lors de la publication des chiffres du PIB au troisième trimestre. Les analystes tablent sur un recul de 0,5%.
«Il y a deux manières de voir: d’un côté la Fed reconnaît que tout ce qu’elle a fait pour l’instant ne suffit pas à empêcher les Etats-Unis de tomber dans la récession, d’un autre côté cela montre qu’elle reste déterminée à agir pour soutenir la croissance», a réagi Lindsey Piegza, de FTN Financial. Pour Brian Bethune, de IHS Global Insight, «il est clair que la Fed est passée d’une approche défensive, au cas par cas, à une attitude offensive. C’est un signal positif pour la résolution de la crise».
Dow Jones en baisse
Alors que la plupart des places financières européennes ont vécu une journée euphorique, Wall Street voyait le Dow Jones terminer sur une perte de 0,82%. Suite notamment à des craintes autour des résultats du conglomérat General Electric.(afp)