«Je n’ai plus besoin de tâtonner le clavier pour chercher les touches. Désormais, ce sont les touches qui trouvent mes doigts!» Ingénieur chez Google à Mountain View (Californie), T. V. Raman a perdu la vue à l’âge de 14?ans. Un handicap qui ne l’a pas empêché de se former en informatique et de travailler pour Adobe et IBM avant de rejoindre le géant du Web, voilà cinq ans. «J’ai toujours adoré les mathématiques», explique-t-il dans un français chantant. Il l’a appris en Inde avant d’émigrer aux Etats-Unis pour y rédiger sa thèse, sur un logiciel capable de lire à haute voix des formules mathématiques complexes.?
Depuis, T. V. Raman poursuit sa quête d’une meilleure accessibilité de l’informatique pour les personnes souffrant d’un handicap visuel. C’est à ce titre qu’il participait, la semaine passée à Genève, à l’édition 2010 de la conférence Sigir, qui réunit chaque année des spécialistes de la recherche d’informations sur Internet. Aujourd’hui, une part considérable de la navigation se fait via des téléphones mobiles, dont la caractéristique de plus en plus courante est d’être pilotés exclusivement par le biais d’un écran tactile parfaitement lisse.
Un «guide» et un chien
Mais si la plupart des gens considèrent que c’est là un handicap de plus pour ceux dont la vue n’est pas parfaite, T. V. Raman a au contraire choisi de tirer le meilleur profit des avantages de ces smartphones de la nouvelle génération et d’en faire bénéficier ses pairs. «En arrivant à mon hôtel, j’ai pu immédiatement savoir quels étaient les restaurants à proximité. Cela peut changer notre vie. Les applications liées au GPS, par exemple, sont très intéressantes. Avec le téléphone pour être guidés et un chien pour éviter les obstacles, les aveugles peuvent gagner énormément d’indépendance», explique l’ingénieur, soulignant à quel point il leur est difficile de retrouver le bon chemin lorsqu’ils se sont trompés de rue.
Mais avant de pouvoir profiter des fonctions avancées, il faut d’abord contrôler l’appareil. T. V. Raman a d’ores et déjà développé un système ingénieux pour composer les chiffres: où qu’il pose le doigt sur son écran, c’est le «5» d’un pavé numérique virtuel qui apparaît Un mouvement vers le haut, il compose un «8». En bas à droite, c’est un «3». Un système similaire, qui se décline en quatre «disques», lui permet d’écrire des lettres et quelques symboles courants. Par exemple pour accéder aux applications ou au répertoire. A chaque changement de «touche», l’appareil émet un son, une petite vibration et annonce le caractère sélectionné. «C’est indispensable car cela permet de matérialiser le contact», explique l’ingénieur.
Pour les automobilistes…
Ces interfaces ont été développées sur Android, le système d’exploitation pour portables de Google. Apple, de son côté, a aussi ajouté quelques options d’accessibilité sur la dernière version de son logiciel iPhone. Pourquoi tant d’efforts, pour un public somme toute peu nombreux? «Google veut offrir son service à tous les utilisateurs, répond T. V. Raman. De plus, ces développements pourront aussi servir à d’autres usagers. Pensez, par exemple, aux automobilistes, qui ne peuvent pas regarder l’écran en conduisant!»
A côté des efforts menés sur les mobiles, les chercheurs travaillent aussi sur la navigation Web, en faisant en sorte que les résultats d’une requête Google puissent tenir compte de l’accessibilité de la page aux malvoyants. «Mais le plus gros défi, à mon sens, reste la saisie de texte sur les portables. Même pour les personnes qui ont une bonne vue, ces minuscules claviers ne sont pas satisfaisants. Ce problème-là reste entièrement ouvert», conclut T. V. Raman.