Il y a des signes qui ne trompent pas. Au 1er novembre, UBS élevait le taux d’intérêt de ses comptes d’épargne de 0,875% à 1%, ainsi que celui de ses fonds de placement (de 1,875% à 2%). Bien sûr, difficile de devenir millionnaire en deux coups de cuillères à pot alors que l’inflation galope aux alentours de 2,6% cette année. Mais la banque aux trois clés, peu encline dans le passé à mieux rémunérer ses petits épargnants, se devait de sortir de son hébétude.
Car n’en déplaise à Philipp Hildebrand, le vice-président de la Banque nationale suisse pour qui les banques cantonales profitent des difficultés de leurs gros concurrents, les milliards de francs retirés des coffres des géants bancaires par les particuliers se retrouvent le plus souvent confiés à des comptes «pépères», à savoir l’épargne, Raiffeisen, Banque Migros et PostFinance en tête. «Il n’y a pas besoin de faire des études approfondies pour comprendre ce choix», note Philippe Thévoz, à la communication de Raiffeisen, qui confirme que la majorité des nouveaux clients opte pour la prudence de l’épargne. Le groupe aux racines agricoles, qui voit affluer un milliard d’argent frais chaque mois, note également un engouement nouveau pour les placements à terme ou pour les obligations de caisse.
Plus de 10% des revenus
Même constat à la Banque Cantonale Vaudoise – «L’aspect sécuritaire prime sur la rémunération», commente son porte- parole, Christian Jacot-Descombes – ou chez PostFinance. A la succursale de la poste, 220?000?nouveaux comptes ont été ouverts ces neuf derniers mois, dont 143?000 en comptes d’épargne. «L’e-banking est également très populaire, ajoute Marc Andrey, porte-parole. Beaucoup de nos clients, qui payaient des conseillers bancaires, se disent qu’ils peuvent tout aussi bien faire eux-mêmes…» Et si ce n’est pas «l’esprit de la maison», ce n’est pas sans goguenardise que la Banque Migros observe un certain retour à la simplicité, voire aux fondamentaux chers à la philosophie Duttweiler. Ainsi qu’une manne record puisqu’elle a récolté 500 millions de francs ce seul mois d’octobre. «Notre organisation ne cherche pas à maximiser le profit mais veille aux intérêts des sociétaires et des clients», souligne Albert Steck, son chargé de communication.
Avec l’ouverture de 46?000 nouveaux comptes depuis janvier et un afflux d’argent frais en hausse de 75% (pour un total de 2 milliards les neuf premiers mois de l’année), la Banque Migros est aussi bien assaillie de demandes d’ouvertures de comptes d’épargne qu’en plans de prévoyance, gestion de fortune et obligations de caisse. Reste que le geste d’UBS ne devrait pas entraîner dans l’immédiat de nouvelles hausses de taux d’intérêt parmi les établissements contactés. Pas de quoi pourtant décourager les Helvètes, dont les avoirs en épargne sont estimés à plus de 160 milliards de francs. Un montant très élevé en comparaison internationale, note l’institut KOF. En 2007, 9,7% des revenus des Suisses étaient placés en épargne, une proportion qui devrait progresser à 10,5% en 2008. En incluant l’argent mis de côté pour la prévoyance, ces taux bondissent à 17,5% en 2007 et devraient atteindre 18,1% en 2008, relèvent les économistes du baromètre conjoncturel.