Ce fut décidément la journée de la conseillère fédérale en charge des Affaires étrangères. A peine avait-elle fini son discours aux Nations Unies qu’elle est venue s’adresser aux actionnaires de la Banque Cantonale de Genève. Pour y parler conjoncture économique et surtout secret bancaire. Micheline Calmy-Rey – membre de la task force du Conseil fédéral sur UBS et la place financière suisse – a visiblement quelques comptes à régler.
«Plusieurs voix, notamment parmi les parlementaires, ont accusé le gouvernement suisse de n’avoir pas agi suffisamment tôt, de n’avoir pas écouté les signaux d’alarme de nos ambassades, d’avoir réagi plutôt qu’agi. Tout cela est faux.»
Et pour une seule et bonne raison: la place financière helvétique et, partant, le Conseil fédéral n’allaient pas adopter les règles de l’OCDE concernant l’échange d’informations en cas d’évasion fiscale si «nos principaux concurrents ne faisaient pas, eux aussi, le pas». En clair: c’eût été suicidaire de lever prématurément le secret bancaire, couvrant les fugitifs des fiscs étrangers, si le Luxembourg, l’Autriche ou Monaco conservaient, intacts, le leur.
Sur le fond de la question, Micheline Calmy-Rey, pourtant ardente avocate – socialiste – de la place financière suisse, est par contre sans ambiguïté: «Dans le contexte économique actuel – où nos voisins souffrent d’une crise économique majeure – nous n’avions tout simplement plus le bon produit. Nous ne pouvions plus justifier que des milliards quittent illégitimement les caisses de nos partenaires. Même un génie de la communication n’y aurait rien changé Je salue le pas que la Suisse vient de faire.»
Plus surprenant encore: la ministre des Affaires étrangères, pourtant Européenne convaincue, affirme qu’une adhésion de la Suisse à l’UE n’aurait rien amélioré aux pressions exercées sur les banques suisses. «Le problème, on le voit bien, n’était pas de savoir si nous avions encore des amis. Nous en avons! Mais, en l’occurrence, nous nous trouvons confrontés à un pur rapport de force économique. Nos partenaires n’ont tout simplement plus les mêmes intérêts que nous.»
En clair: il était non seulement temps, pour une question de moralisation du monde économique, de renoncer au secret bancaire en cas d’évasion fiscale, «un système grâce auquel nous avons bien vécu jusqu’à maintenant». Mais la Suisse n’avait plus le choix. Et, selon Micheline Calmy-Rey, le Conseil fédéral a su négocier entre ces deux impondérables: accepter les normes de l’OCDE en la matière, mais le faire ni trop tôt ni trop tard.
Reste maintenant à négocier la phase de cette mise en œuvre, c’est-à-dire les renégociations d’accords de double imposition «avec les pays qui le demandent». On sait que les discussions avec le Japon et les Etats-Unis ont déjà commencé. Et, sur ce front, la responsable du DFAE est affirmative: «Notre diplomatie est à l’offensive.» Quant à l’économie suisse, Micheline Calmy-Rey a la mine des mauvais jours: «Le tissu économique – très exportateur et très dépendant du secteur financier – va souffrir ces deux prochaines années.» Ne reste plus, dès
lors, qu’à bien s’accrocher au bastingage.?