Une place forte. Souveraine. La Suisse. Protégée par de hauts murs constitutionnels, comme tout Etat légitime et reconnu est en droit de le faire.
Dans les récits bibliques, la ville de Jéricho, elle aussi, avait la réputation d’être imprenable. Il aura suffi de trompettes divines pour en abattre les murs. Ce sont aujourd’hui les Etats-Unis qui soufflent dans le cor. Avec l’intention de porter un coup sévère à la philosophie de confidentialité des banques suisses et ainsi décourager les citoyens américains qui seraient tentés de soustraire une partie de leur fortune au fisc de leur pays en utilisant secrètement un compte bancaire helvétique.
Les Etats-Unis ont assurément gagné une première manche, puisque la Suisse aurait accepté de leur livrer les noms de 250 clients américains d’UBS. Une brèche dans le sacro-saint secret bancaire? On pourra jouer sur les mots et suggérer que ces sacrifiés s’étaient rendus coupables de fraude fiscale et non d’évasion fiscale, laquelle n’est pas une infraction selon le droit helvétique.
Au final, cela ne change rien. Il serait sans doute naïf d’imaginer qu’il s’agit là d’une péripétie et que l’orage passé, on reviendra au business as usual.
Les Etats-Unis ne s’arrêteront sûrement pas en si bon chemin maintenant qu’ils ont lancé la charge. L’Union européenne n’est pas en reste, elle qui est résolue à faire le ménage dans ses propres rangs, en visant la fiscalité de l’épargne telle qu’elle est pratiquée au Luxembourg, en Autriche et en Belgique. Ce cas réglé, elle se tournera sans aucun doute vers la Suisse avec la ferme intention de la faire plier sur ce point comme elle en a depuis longtemps le désir. Et que dire du G20 et de son vœu de mettre au pas tous les paradis fiscaux.
Le secret bancaire suisse, dans sa forme actuelle, vit peut-être ses dernières années.