Il y a peu encore, la rumeur faisait état d’une reprise imminente de Basler Zeitung Medien (BZM), 1200 employés, par son concurrent zurichois NZZ. Les noms des éditeurs Tamedia et Ringier étaient également évoqués. Il n’en est rien. Hier, la rédaction de la Basler Zeitung, le titre phare du groupe (88?000 exemplaires), a appris que le choix de la famille Hagemann, propriétaire du titre depuis 1959, s’est porté sur un richissime outsider: Tito Tettamanti.
Le financier tessinois, qui fêtera cette année ses 80?ans, reprendra 75% du capital-actions et Martin Wagner en détiendra 25%; ce rachat comprenant également les parts détenues par le Vaudois PubliGroupe, en pleine restructuration. Et si le montant de la transaction n’est pas dévoilé, les nouveaux propriétaires assurent vouloir «maintenir la Basler Zeitung en tant que quotidien bâlois indépendant.»
Un Jean Frey AG bis?
Reste que si cette nouvelle est interprétée comme un signal positif dans une période de grande concentration pour la branche par Hans-Peter Lebrument, à la tête des éditeurs alémaniques, elle inquiète Comedia. Le syndicat relève qu’une société d’édition ne doit pas se muer en action spéculative, ajoutant que les journalistes de la «BZ», comme l’appellent les Rhénans, doivent pouvoir travailler en toute indépendance politique.
Il faut dire que Tito Tettamanti, auteur d’ouvrages sur le libéralisme, connu pour ses positions très anti-européennes, et Martin Wagner n’en sont pas à leur première incursion dans le monde des médias. En 2001, un mystérieux groupe d’investisseurs mettait en effet la main sur les Editions Jean Frey AG (Bilanz, Beobachter), propriété de BZM. Tito Tettamanti devenait actionnaire majoritaire du groupe qu’il revendit cinq ans plus tard à l’Allemand Axel Springer pour 140 millions de francs, tandis que la Weltwoche sera rachetée par son rédacteur en chef Roger Köppel.
Pour certains observateurs, le raider financier, dont la fortune est estimée aux alentours de 600 millions de francs, reproduit un scénario identique. A savoir remettre sur pied BZM — qui affichait lors de son dernier exercice un chiffre d’affaires de 263 millions de francs et une perte de 12,2 millions de francs — pour le revendre ensuite.
Quant à Martin Wagner, il sera désormais le président de BZM. L’homme est aussi président de la Weltwoche , l’hebdomadaire sympathisant avec les idées de l’UDC. Mais selon Peter Knechtli, rédacteur en chef du site Internet bâlois Onlinereports, l’avocat ne devrait pas faire virer à droite le quotidien bâlois dont le lectorat vote en majorité à gauche.
Tito Tettamanti
Naissance: en 1930 au Tessin. Fils d’un employé bancaire,
Années 60: il bâtit sa fortune avec sa société d’investissements immobiliers Fidinam.
Années 80: il se lance dans la restructuration d’entreprises et investit aux Etats-Unis (United Airlines, Gillette…).
Années 90: il tentera une prise de contrôle de Sulzer, puis investit, entre autres, dans Saurer et Rieter.
Années 2000: participations dans Ascom, SIG et Charles Vögele. EN