L'événement

Le putsch historique d'Obama contre Wall Street

Par ÉLISABETH ECKERT le 22.05.2010 à 00:01

La loi votée vendredi matin par le Sénat américain est la plus sévère depuis 1929. Les grandes banques américaines retombent sous le joug de la réglementation. En Suisse, des mesures similaires se préparent contre UBS et CS, les deux «too big to fail».

Le lobby bancaire américain avait jeté toute son énergie dans la guerre. Et son argent, surtout. Selon le Wall Street Journal, les grandes banques américaines – en tête desquelles Bank of America, JP Morgan Chase ou Goldman Sachs – ont dépensé quelque 4 milliards de dollars en opérations de lobbying pour tenter de mettre à terre le projet de régulation du système financier.

Perdu! Car hier, au petit matin, Barack Obama a gagné. Sa nouvelle loi, visant très clairement à abaisser la puissance de Wall Street, est passée haut la main au Sénat américain, le plus difficile à convaincre. Par 59 voix contre 39 – donc avec plusieurs votes républicains – la muselière présidentielle a été adoptée. Près de trois ans après l’explosion de la bulle financière du subprime, la réglementation du «plus jamais ça» prend forme. Et en ce sens, les Etats-Unis en sont les pionniers, ils vont dicter leur loi au reste de la planète.

Après quelques aménagements avec la Chambre des représentants, le président Obama aura signé cette loi au plus tard le 4 juillet prochain. Pour beaucoup, cette dernière est tout simplement la plus importante jamais votée, pour le secteur, depuis le krach de 1929.

La détermination du président américain a été à la hauteur des sommes absolument hallucinantes dépensées par les Etats de la planète pour sauver leurs ban ques. Selon un tout récent rapport de la Banque centrale d’Angleterre, «en deux ans, les gouvernements ont injecté 14?000 milliards de dollars pour renflouer le système financier mondial».

Vous avez bien lu: les Etats américains, européens ou japonais ont emprunté plus de 14?000?milliards de fonds publics, les conduisant aujourd’hui au bord de la faillite.

En quoi, dès lors, consiste la muselière de Barack Obama qui fera sensation, à la fin du mois de juin à Toronto, lors de la prochaine rencontre du G20? La mesure la plus spectaculaire consiste à faire sortir le négoce des produits dérivés de l’opacité la plus absolue dans laquelle elle évolue, alors même que, depuis dix ans, ce négoce plonge tous les cinq ans environ l’économie réelle mondiale dans le chaos.

Et pour cause: le marché de gré à gré – ou marché noir – de ces produits spéculatifs, reposant sur des actifs réels, atteint annuellement les 615?000 milliards de dollars, selon la Banque des règlements internationaux (BRI) sise à Bâle. Oui, là aussi vous avez bien lu: le marché des dérivés, en valeur optionnelle, atteint 615?000 milliards de dollars chaque année, alors qu’en comparaison le PIB de la Suisse ne dépasse pas les 800 milliards de francs… A la moindre explosion d’une bulle spéculative, on mesure mieux dès lors l’impact que cette déflagration a sur le système financier mondial, aujourd’hui totalement interconnecté et entièrement interdépendant.

Plus question donc, à l’avenir, de s’échanger ces fortunes dans le secret le plus total. La seconde mesure concerne les grandes banques de Wall Street elles-mêmes. Barack Obama ne veut plus entendre le patron de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, accusé d’avoir entraîné des petits épargnants dans l’aventure du subprime, déclarer avec l’arrogance de celui qui sait que Washington ne dynamitera jamais sa banque: «Nous sommes très importants. Nous aidons des milliers d’entreprises américaines à lever du capital, à s’agrandir et donc à créer des milliers d’emplois.» Sous-entendu: «Vous ne pouvez pas vous passer de nous!» Goldman Sachs, même si elle ne s’en vante pas, a tout de même reçu une aide publique de 60 milliards de dollars.

Dorénavant, le contribuable américain ne sauvera plus une banque en faillite: les géants de Wall Street seront contraints à contribuer à un fonds de sauvetage à hauteur de 120 milliards de dollars, qui servira à reboucher les trous. Les banques seront également contraintes de se vendre par étages, pour se refaire. Enfin, et pour éviter que le séisme de 2008 ne se reproduise, elles n’auront plus le droit de jouer au casino pour leur propre compte, comme UBS l’a fait, durant les années 2000, aux Etats-Unis! L’élément le plus profitable des banques d’affaires – et donc, forcément le plus risqué – vit donc ses dernières heures.

 


 

«UBS et CS ne doivent plus jamais menacer l’économie»

Barney Frank ne faisait certes pas partie des people les plus suivis au dernier Forum économique de Davos. Mais la présence du démocrate américain, responsable à la Chambre des représentants du Comité des services financiers, n’avait rien d’innocent. Non seulement il venait dire aux top leaders que «le Congrès américain ne laissera pas les banques impunies», mais surtout, il a clairement signifié à l’Europe entière et à la Suisse «qu’une telle loi, une fois votée aux Etats-Unis, aura des répercussions sur l’ensemble du système bancaire».

UBS et Credit Suisse – qui réalisent la moitié de leur chiffre d’affaires à l’étranger – ne s’y sont pas trompés. Les deux grandes banques suisses ont très vite réagi aux propos de Barney Frank qui affirmait alors: «La future loi américaine offrira la possibilité de démembrer les entités financières qui sont trop grandes, qui présentent des liens et des risques tels que leur effondrement mettrait en danger le système économique dans son entier.»

«Banque intégrée»

Tant UBS que Credit Suiss ont affirmé et réaffirment à l’envi leur attachement à un modèle de «banque intégrée», c’est-à-dire abritant sous un même toit la banque pour la petite et moyenne clientèle, la gestion de fortune et la banque d’affaires. Cela dit, il semble clair, du moins pour Roy Ryan, avocat chez Schellenberg Wittmer à Genève, que «dans le contexte d’une banque intégrée, on ne voit pas comment une réglementation américaine soit seulement applicable sur le territoire américain».

Même sans cela, Berne – sous l’action pressante de Philipp Hildebrand, nouveau président de la BNS – se dirige exactement dans la direction de Washington. «Les grandes banques suisses doivent prendre conscience que la problématique du too big to fail devient toujours plus aiguë. Elles doivent savoir aussi que ni la Confédération ni la BNS ne doivent plus se retrouver devant ce dilemme: soit laisser une grande banque partir en faillite, avec toutes les conséquences que cela aura sur l’économie nationale. Soit prendre sur lui le risque financier de l’établissement en péril.»

Les heures de la toute-puissance d’UBS et de Credit Suisse sont donc comptées: le projet en cours à Berne et qui devra être déposé le 31?août au plus tard vise la mise à l’abri des activités destinées à la petite clientèle et aux PME, la vente par étages en cas de difficultés et l’augmentation drastique des fonds propres, réduisant ainsi la tentation de jouer pour leur propre compte avec l’argent des autres.

Sondage

Faut-il interdire le démarchage par téléphone?




Sondage

Assurance maladie: êtes-vous favorable à l'obligation d'adhérer à un réseau de soin?




Dernières offres

Marché

Scanning Officer Performance Consultant..., Geneve

Ingénieur - Responsable du département CVC (h/f) HAYS (Suisse) SA, Lausanne,Vaud

Peintre qualifié Connexion Ressources H..., Geneve

Sondage

Pensez-vous que François Hollande pourra relancer la croissance en Europe?





Service clients

  • Abonnements et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 7h30-12h/13h30-17h
    Tél. 0842 850 150, Fax 022 322 33 74
    Depuis l'étranger: +41 22 322 33 10
    Adresse postale: Service clients
    CP 5306 - 1211 Genève 11

Biens immobiliers

Marché
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce
A vos grils, prêts?
Nous nous sommes procuré les conseils les plus avisés Plus

En coopération avec:

Homegate

Sondage

Dix ans après, comment jugez-vous Expo.02?




SEARCH.ch

Commerce

Le monde en images

Tous les dessins d'Herrmann