Frissons! La Banque Migros propose un taux d’intérêt inédit en Suisse pour des petits crédits: 5,9%. L’établissement qualifie lui-même son offre d’«effrontément bon marché». Elle n’est toutefois accessible que sur la Toile et valable deux mois. Elle échoit à la fin de ce mois. La filiale du géant orange propose ainsi un tarif nettement inférieur à l’ex-plus bas national de la Banque cantonale de Berne: 8%.
Sans atteindre de telles profondeurs, Bank-now confirme une nouvelle agitation sur le marché du crédit à la consommation. Cette filiale du Credit Suisse propose en effet un rabais de 20% à ses clients s’ils sollicitent un prêt sur le Net. Les taux ordinaires de Bank-now se situent entre 9,9% et 12,9%, alors que le maximum légal est fixé à 15%.
Peu de concurrence en Suisse
Aux acheteurs de voitures et de machines à laver, la Banque Cantonale de Genève vend elle-même des crédits frappés d’un taux d’intérêt attrayant: 8,75%. Pour ce type de service, la Banque Cantonale Vaudoise, comme son homologue zurichoise ou la banque Raiffeisen, mandate le groupe Aduno. Son produit Cashgate est lié à un taux d’intérêt de 11,9%.
Le leader national de la discipline, GE (General Electric) Energy Financial Services (GEFS), contrôle environ la moitié d’un marché portant sur 7,93 milliards de francs à la fin 2008 (contrats de leasing compris). Fort des marques GE Money Bank et Procrédit, il se distingue par des taux d’intérêt relativement élevés, oscillant entre 9,95% et 14,5%. Le crédit à la consommation helvétique ne brille d’ailleurs guère par son caractère concurrentiel: trois établissements, GEFS, Credit Suisse et Banque Migros gardent la main sur quelque 80% des petits crédits accordés en Suisse.
Du coup, les taux d’intérêt moyens helvétiques dépassent de plus de 3% la moyenne d’Europe occidentale. Et de près de 5% celle de l’Autriche, notre voisin oriental pratiquant de loin les tarifs les plus bas dans cette région du Vieux-Continent. «Les tarifs sont maintenus artificiellement hauts en Suisse, du fait d’un nombre insuffisant de fournisseurs. Dans le domaine du petit crédit, nous attendons toujours l’arrivée de hard discounters», regrette le directeur de l’Association bernoise pour le conseil en gestion de dettes, Mario Roncoroni.
Des spécialistes de la branche estiment toutefois que l’action encore en cours de la Banque Migros, ou même celle de Bank-now, annonce une imminente chute des taux d’intérêt. Plusieurs facteurs risquent d’accélérer le processus. A commencer par la crise.
«Les expériences antérieures de récession et d’incertitude économique nous l’ont déjà démontré: l’évolution de la demande en petits crédits suit exactement celle de la conjoncture», indique le directeur de l’Association suisse des banques de crédit et établissements de financement, Robert Simmen. Cette fois-ci, les consommateurs auraient même sensiblement anticipé: le nombre de nouveaux contrats, portant sur des prêts inférieurs à 80?000?francs, a diminué l’an dernier de près de 10%. Simultanément, les clients se montrent plus attentifs aux prix. De sorte que les chiffres d’affaires augmentent là où les taux d’intérêt sont les plus bas.
Coûts élevés
La baisse de la demande devrait donc stimuler encore davantage le zèle commercial. Surtout de la part des établissements de moyenne dimension.
Ils doivent en effet rentabiliser les énormes flux d’argent frais dont ils bénéficient depuis plus d’un an. Robert Simmen exclut cependant tout effondrement des taux d’intérêt: «Ils devraient rester stables. Des réductions de coûts significatives dans le crédit à la consommation demeurent en effet impossibles, car ce service requiert d’importants travaux de contrôle. Une action ponctuelle de la Banque Migros ou de Bank-now n’y changera rien.»