Eric Wœrth et Peer Steinbrück doivent se frotter les mains. Les ministres des Finances français et allemand – qui veulent très rapidement en découdre avec la Suisse, «paradis fiscal» – viennent de trouver un allié de poids, dont on sait qu’il ne lâche jamais son os: la justice américaine. Cette dernière vient, en effet, d’inculper rien de moins que le numéro trois mondial du groupe UBS, Raoul Weil, pour «avoir aidé des clients américains à dissimuler leurs actifs détenus à l’étranger». Et voilà que le paradis se transforme en enfer. Régulièrement, la place financière suisse et son secret bancaire véhiculent avec eux une image de soufre, accusés notamment de couvrir des «voleurs de fisc». Depuis le début de l’affaire Birkenfeld – du nom de ce gérant de fortune d’UBS poursuivi aux Etats-Unis pour encouragement à la fraude fiscale – les assauts de nos meilleurs ennemis ont pris une tout autre tournure.
La Suisse n’est ainsi plus seulement attaquée pour «recel» par la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis, qui ont toujours nié la frontière juridique que place le droit helvétique entre fraude fiscale (pénalement répréhensible sous nos latitudes) et évasion fiscale (considérée comme une sorte d’oubli du contribuable et punissable, donc, par une simple amende). Non! La Suisse est désormais poursuivie pour complicité active de vol. L’ex-gérant de fortune d’UBS Bradley Birkenfeld n’a-t-il pas reconnu avoir proposé tous les véhicules financiers permettant à ses clients américains de cacher leur fortune? N’a-t-il pas carrément transporté, pour le compte de l’un d’eux, des diamants hors des Etats-Unis, planqués dans un tube dentifrice! Birkenfeld a surtout démontré à quel point son action n’était pas isolée, mais faisait partie constituante d’un système pratiqué par la grande banque suisse. Raoul Weil était alors son patron. Combien cette nouvelle affaire – qui ne fait que commencer – coûtera-t-elle à UBS? Quelques milliards, à n’en pas douter. Mais il est clair qu’à travers elle, c’est à nouveau l’ensemble de la place financière suisse que l’on vise. Et pas seulement pour de nobles raisons de moralité. Esseulée dans l’espace politique (la Suisse n’est même pas membre du G20), l’affronter est, bien entendu, chose facile. Le secret bancaire, en matière fiscale, vit très certainement ses dernières heures.
Notre lien:le numéro d'Ubs inculpe aux Etats-Unis