On a fêté ses 90?ans, il y a quelques jours. L’Organisation internationale du travail (OIT), enceinte tripartite où se retrouvent employeurs, salariés et gouvernements, a été à la fois acteur et témoin des grandes avancées sociales du siècle passé. Véritable baromètre, l’OIT mesure les inégalités, les effets des politiques, l’impact de la mondialisation…
Depuis le début de la crise, l’agence onusienne est plus consultée et plus écoutée. Plusieurs de ses rapports, passés inaperçus avaient pointé du doigt, ces dernières années, les excès de la financiarisation sur le fonctionnement de l’économie. Dans les réponses à apporter à la crise, l’Organisation internationale du travail aura un rôle important à jouer. Dernièrement, Le G20 a invité l’OIT à évaluer et examiner comment les pays abordent les dimensions humaines de la crise.
«Notre organisation a la capacité et la responsabilité de jouer un rôle essentiel dans la période d’après crise pour faire en sorte que l’économie mondiale au XXIe siècle soit non seulement intégrée, mais qu’elle n’exclue personne et soit équitable», explique Juan Somavia, directeur général de l’organisation. Depuis le début de la crise, l’OIT est engagée aux côtés du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC dans un processus de coordination interinstitutions placé sous l’égide de l’ONU.
Le 3 juin prochain se tient à Genève la 98e conférence mondiale du travail. L’occasion pour l’OIT de défendre l’idée d’un Pacte mondial pour l’emploi et de faire entendre sa voix en consacrant cette session aux effets de la crise. Le Pacte mondial pour l’emploi est une sorte de feuille de route. «Un engagement collectif», explique l’OIT. Objectif: mettre au cœur des plans de relance la question de la protection sociale des travailleurs. C’est la nouvelle urgence.
Le sentiment d’injustice monte dans le monde
L’organisation qui dispose d’un vaste réseau d’information à travers le monde dresse, en effet, un tableau particulièrement alarmiste, n’hésitant pas à parler de «situation très dangereuse». «L’évolution récente et la surveillance continue des marchés du travail portent à croire que les tendances actuelles correspondent au scénario le pire», relève le rapport qui sera présenté dans quelques jours.
L’OIT pointe du doigt le risque de récession sociale mais alerte aussi les gouvernements sur les risques d’instabilité. «Le sentiment d’injustice monte et alimente les tensions sociales. Selon un indice politique élaboré par l’Economist Intelligence Unit, dans 95 pays sur les 165 étudiés, le risque d’instabilité est élevé ou très élevé si des mesures audacieuses ne sont pas prises rapidement», prévient l’OIT.
Dans une tentative de repolarisation du débat sur la crise autour de son organisation, Juan Somavia répète que ses membres détiennent «le pouvoir de définir des politiques qui peuvent aider à enrayer et inverser les tendances actuelles et à déjouer les prévisions pessimistes».?