L'événement

Le « New Deal » d'Obama redonne espoir à la planète

Par BARBARA KLEIN le 25.11.2008 à 00:00

Les Bourses ont gagné entre 6 et 10% suite à l’annonce, par le futur président, d’un plan de 700 milliards de dollars. Le sauvetage de Citigroup, à hauteur de 300 milliards de dollars, réinstaure la confiance dans les banques. UBS bondit. L’effet Obama rejaillit sur toute la planète, Suisse incluse. Mais l’UE reste divisée sur les mesures à prendre.

Sept cents milliards de dollars pour sauver l’économie américaine: le chiffre donne le vertige. Mais pour  le président élu, le défi est à
ce prix. D’autant que le sort de la planète finances y est lié. Jusqu’en Suisse, l’impact a des effets concrets.

Barack Obama n’avait pas encore fini de répondre aux questions des journalistes venus assister à sa conférence de presse, hier à Chicago, que les bourses du monde entier avaient déjà bondi de 6% à 10%! La simple confirmation d’un vaste plan de relance de l’économie américaine suffit à redonner confiance et espoir aux marchés. Il faut reconnaître que le nouveau président ne semble pas avoir l’intention de faire les choses à moitié. Il demande au Congrès de voter le dégagement d’une enveloppe de 700 milliards de dollars, destinés à la fois à stabiliser les marchés financiers et à soutenir les foyers américains, de plus en plus nombreux à perdre un emploi ou leur logement.

Avec cette somme, le nouveau président entend proposer des réductions d’impôts aux plus modestes et créer 2,5 millions d’emplois sur deux ans, en investissant dans des secteurs trop longtemps négligés selon lui, comme celui des infrastructures, de l’école ou encore de l’environnement.

Dans les pas de Roosevelt

Les représentants démocrates au Congrès ont d’ores et déjà affirmé qu’ils se mettraient au travail dès leur première assemblée, le 6 janvier, afin que tout soit prêt deux semaines plus tard, lors de l’entrée en fonction de Barack Obama.

Selon le Washington Post, ce plan de relance est l’un des plus vastes depuis le New Deal de Franklin Roosevelt après la crise de 1929. Au-delà de son envergure, le projet de Barack Obama reprend l’état d’esprit du programme de Roosevelt, qui, entendait redonner du travail aux Américains, réformer les pratiques financières et redresser l’économie à bout de souffle. Si les résultats économiques furent mitigés, la situation s’améliora.

Le plan de Barack Obama aura-t-il l’effet escompté à terme? Personne ne se risque à délivrer un pronostic. Pour Mark Whitaker, journaliste économique sur NBC, «la question est de savoir comment la nouvelle administration va mettre son plan à exécution».

Barack Obama s’entoure de grandes pointures

La Fed (Banque centrale des Etats-Unis) a déjà injecté de l’argent sur les marchés, on a déjà annoncé d’autres plans, faut-il vraiment de nouvelles dépenses pour éteindre le feu?

Pour appliquer ce plan de relance, Barack Obama a en tout cas choisi des pointures grande taille.

Parmi les postes clés, Timothy Geithner, l’actuel président de la Banque centrale de l’Etat de New York et vice-président du comité monétaire de la Réserve Fédérale, est nommé secrétaire au Trésor. Cet homme de 47 ans est un fin connaisseur des marchés financiers. Il est surtout l’un des principaux artisans des mesures exceptionnelles prises par la Fed à l’automne pour tenter de voler au secours des banques.

Vendredi dernier, alors qu’il ne s’agissait encore que d’une rumeur, Wall Street avait salué sa possible nomination en faisant un bond de 500 points.

A ses côtés, Lawrence Summers occupera le poste de directeur du Conseil économique national. L’ancien secrétaire au Trésor du président Bill Clinton, âgé de 53 ans, sera ainsi le plus proche conseiller économique du nouveau président.

Ces deux désignations sont unanimement applaudies dans les milieux économiques, certains ont parlé de «nominations de luxe».


Le géant Citigroup sauvé de la faillite

Pour les dirigeants américains, présents ou futurs, il eût certainement été préférable de traiter tout d’abord la crise financière afin d’avoir ensuite les coudées franches pour le sauvetage de leur économie. Las! Ils n’auront pas ce privilège. Ce dimanche, le Secrétariat au Trésor, en canon avec la Réserve fédérale, a annoncé un plan de sauvetage de la banque Citigroup, un géant qui pèse 2000 milliards de dollars et dont les activités couvrent plus de 100 pays.

Le gouvernement apporte des garanties pour les actifs risqués de l’établissement à hauteur de 306 milliards de dollars afin notamment d’enrayer la chute du titre qui a perdu 60% durant la seule semaine dernière, et 83% depuis le début de l’année.

Quant au Trésor, il injecte directement près de 20 milliards de dollars d’argent frais dans la banque qui s’ajoutent aux 25 premiers milliards consentis le mois dernier dans le cadre du plan Paulson.

En échange de leur générosité, les autorités américaines recevront des actions préférentielles pour une valeur de 27 milliards de dollars ainsi que des options sur 254 millions d’actions au prix de 10.61 dollars pièce. Ce qui offre aux contribuables américains la perspective de réaliser une plus-value si le titre devait remonter au-delà de cette limite.

Ces mesures ont de toute évidence rassuré les marchés – de façon temporaire tout du moins – puisque le titre de Citigroup reprenait plus de 2% à 18?h, heure helvétique.

Citigroup ne subira donc pas le même sort que sa consœur Lehmann Brothers, mise en liquidation selon les règles du Chapitre 11. Cette faillite restera comme le symbole de la crise financière. Pour certains, la disparition de ce fleuron de Wall Street a mis le feu aux poudres et sérieusement entamé la confian­ce dans les valeurs bancaires.

Economies de plusieurs milliards de dollars

Impensable d’en arriver à de telles extrémités avec Citigroup. Non seulement parce qu’il s’agit désormais de stabiliser le système financier américain, mais aussi parce que cet établissement appartient typiquement à la catégorie des «trop gros pour disparaître». De là à penser que, grâce à ce plan, Citigroup passera sans dommage les remous de la crise, il y a un pas que l’analyste Tom Jenkins, de la Royal Bank of Scotland, cité par Bloomberg, refuse de franchir: «Il y aura sûrement des discussions sur la vente de certains actifs ou divisions de Citigroup une fois que la tempête de sable se sera calmée.»

Vikram Pandit, le patron de Citigroup, garde pour l’instant la confiance du gouvernement qui n’a pas exigé sa tête. L’homme et son équipe ont annoncé la semaine dernière la suppression de 52?000 postes pour réaliser des économies de deux milliards de dollars par trimestre.
Pierre-Yves Frei


Les Européens en ordre dispersé

Après le sauvetage bancaire, la relance de l’économie: la Commission européenne devrait annoncer demain le plan censé éloigner de l’Union le spectre d’une longue récession.

Les Vingt-Sept pourraient injecter 130 milliards d’euros – soit 1% du PIB de chaque Etat membre – répartis entre fonds européens et contributions nationales.

Le programme, qui s’ajoute aux mesures déjà prises à Berlin, Paris, Madrid ou Rome, ne fait pas l’unanimité. Le gouvernement allemand, en particulier, n’entend pas se laisser entraîner par des partenaires moins vertueux que lui. Attention à «ne pas confondre action et précipitation», a averti hier Angela ­Merkel à Paris.

A un plan trop contraignant, la chancelière préfère des «aides ciblées», mieux ajustées à la situation particulière des différents pays, à l’ampleur de leurs dettes, à l’état de leurs comptes publics. Ainsi a-t-elle fait savoir qu’elle n’appliquera pas en Allemagne la baisse temporaire du taux de TVA annoncée hier par le gouvernement britannique: la nécessaire coordination des initiatives n’implique pas l’abdication des politiques nationales.
Jean-François Verdonnet

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