C’est la plus grosse opération jamais réalisée entre deux entreprises suisses. Hier, Nestlé a annoncé la vente, pour 28,1 milliards de dollars, du géant américain Alcon, leader mondial des produits ophtalmologiques, que la multinationale contrôlait depuis 1977. Le repreneur – attendu – n’est autre que Novartis, qui avait déjà acheté à Nestlé une première tranche d’Alcon pour près de 11 milliards de dollars.?
Au total, le géant bâlois de la pharma s’apprête à débourser 50 milliards de dollars pour le contrôle à 100% du fleuron américain de la medtech, qui a réalisé en 2008 un chiffre d’affaires de 6,3 milliards de dollars. Tant à Vevey qu’à Bâle, on se réjouit de cet échange de bons procédés.
A chacun son métier
En clair, Nestlé se concentre définitivement sur son core business, l’alimentation, tandis que Novartis – qui, en 2007, a vendu Gerber à Nestlé – en fait de même dans la pharma. La vente d’Alcon enfin réalisée, les rumeurs enflent de plus belle, tant sur les marchés boursiers que dans la branche alimentaire. Que va bien vouloir faire Nestlé de ce joli pactole de 28,1 milliards de dollars?
Une partie de la réponse a été donnée hier par le groupe veveysan qui annonce un nouveau programme de rachat d’actions, pour 10 milliards de francs, en sus d’un programme toujours en cours de 25 milliards de francs. Les actionnaires lui disent merci, eux qui ont déjà vu le cours du titre Nestlé grimper de 20% en 2009.
Le règne des spéculations
Mais 18 milliards restent toujours à disposition… Or, selon la banque japonaise Nomura, Nestlé s’intéresserait de très près au rachat du géant britannique du chocolat Cadbury. Ce dernier est en effet l’objet d’une OPA inamicale du groupe américain Kraft, qui propose quelque 16 milliards de francs. Cadbury fait la fine bouche, jugeant le prix trop bas; et depuis lors se laisse courtiser tant par un autre géant de la branche, l’américain Hershey, que par l’italien Ferrero.
Il se murmure dès lors que Nestlé pourrait soutenir Hershey dans sa lutte en lui rachetant, pour 2,2 milliards de dollars, les droits que l’américain détient aux Etats-Unis sur les produits Kitkat et Rolo. Voire que la multinationale de Vevey parte seule en course, même si Paul Bulcke a, à de nombreuses reprises, répété «que Nestlé ne ferait aucune acquisition dépassant les 2 à 3 milliards de francs». Interrogé hier par Cash, Dieter Buchholz, analyste chez Falcon Private Bank, n’y croit pas trop: «Un rachat total de Cadbury par Nestlé n’aurait pas de sens dans la stratégie poursuivie par le groupe suisse qui vise une expansion dans les marchés émergents. Mais rien ne l’empêche de s’emparer de quelques morceaux de Cadbury.»
D’autres rumeurs refont également surface, qui évoquent une acquisition par Nestlé du suisse Lindt & Sprüngli, groupe chocolatier florissant et conquérant.
Lindt s’y est toujours refusé, considérant les Vaudois comme «des ennemis». Mais pour la société Kepler Capital Markets, cette opération ne serait plus qu’une question de mois.