La guerre de Troie n’aura probablement pas lieu. On apprenait hier que les actionnaires d’UBS auront à prononcer le 14 avril prochain, lors de l’assemblée générale, sur la décharge qu’ils accorderont ou non à l’ancienne équipe dirigeante de l’établissement, autrement dit Marcel Ospel, Peter Kurer et consorts.
La nouvelle direction – Oswald Gruebel et Kaspar Villiger – sera elle aussi soumise au jugement de l’actionnariat. Mais comme elle a été appelée pour sauver l’établissement du naufrage, ce à quoi elle s’emploie depuis, il y a peu de chances qu’elle subisse un quelconque courroux.?
En fait, tout porte à croire que ceux qui passent volontiers pour les fossoyeurs d’UBS sortiront blanchis de l’exercice imposé lors de la prochaine assemblée générale. Les actionnaires, qui auront à se prononcer sur les exercices 2007, 2008 et 2009, se souviennent probablement de la chute vertigineuse du titre – qui a perdu jusqu’à 80% de sa valeur – au plus fort de la débâcle d’UBS.
Parmi eux, il s’en trouve qui ont souffert de voir reculer la valeur de leur portefeuille d’actions. Mais ils ont sans doute aussi à l’esprit qu’en refusant la décharge à l’ancienne équipe dirigeante, ils participeraient à créer une nouvelle onde de choc qui brouillerait un peu plus encore l’image de la banque.
Péché d’orgueil
On peut en revanche s’attendre à quelques interventions indignées sur les fourvoiements d’UBS. Pour mémoire, on reproche essentiellement deux choses à l’équipe de Marcel Ospel. L’ancienne équipe dirigeante aurait tout d’abord péché par orgueil en investissant massivement dans des actifs risqués adossés aux crédits hypothécaires américains (subprimes), lesquels, au final, lui ont coûté des dizaines de milliards de francs.
Comme si cette erreur de jugement n’avait pas suffi, la banque a également contrevenu à ses engagements en envoyant des conseillers clientèle suisses auprès de clients américains alors que ces professionnels ne disposaient pas de licences les autorisant à le faire.
En décembre dernier, l’actuel conseil d’administration, présidé par Kaspar Villiger, annonçait qu’il renonçait à l’idée de poursuivre l’ancienne équipe dirigeante. Sur un plan juridique, il estimait tout d’abord que rien de pénalement répréhensible n’avait été commis sur le sol helvétique. Sur un plan plus politique, il craignait aussi qu’un conflit interne ne fasse que fragiliser l’établissement un peu plus encore.
Sur le plan pénal, deux plaintes ont été successivement déposées auprès du Parquet zurichois par le Parti socialiste. Dans un cas comme dans l’autre, les magistrats ont estimé qu’aucun des actes reprochés à l’ancienne équipe dirigeante ne contrevenait au droit suisse.
Malgré ces deux échecs, une troisième plainte a été déposée à la fin de janvier, mais devant le Parquet de Bâle cette fois. Car c’est dans la ville rhénane que Peter Kurer avait prononcé un discours le 2 octobre 2008, dans lequel il avait affirmé qu’UBS appartenait aux banques les mieux capitalisées au monde, alors que deux semaines plus tard, l’établissement nécessitait l’intervention de la Confédération pour être sauvé. Les plaignants estiment que le jour de son discours, Peter Kurer a donc menti. Ce sera à la justice de dire si elle partage ce point de vue.