ESCROQUERIE

Madoff a aussi plumé des retraités

Par EMMANUEL BARRAUD le 24.12.2008 à 00:00

De petits épargnants se retrouvent aussi, parfois malgré eux, touchés par l’«arnaque du siècle». Témoignage.

Jacques* devra réviser le budget de sa retraite. La faute à Madoff. A moins que ce ne soit celle de son gestionnaire de fonds privé? Quelle qu’en soit la cause, le résultat est le même: 150?000 francs, soit une part substantielle du petit capital qu’il avait fait placer en prévoyance libre pour ses vieux jours vient de s’évaporer, purement et simplement. Après quarante ans de cotisation, il a fallu que cela se passe précisément l’année où il quitte son travail.

Combien sont dans son cas? Difficile, sinon impossible, de l’estimer. Des scories du système Madoff vont encore voir le jour durant de longs mois. Parce qu’il avait lui-même réussi à tromper la vigilance des financiers les plus aguerris, l’ancien patron du Nasdaq avait créé de la confiance là où il n’en fallait pas. «Je ne sais pas si mes conseillers étaient de bonne foi, soupire Jacques. ­Durant toutes ces années, ils avaient bien géré mon capital. Je ne voulais pas de hedge funds; j’ai d’abord refusé qu’ils m’en prennent. Mais ils ont insisté, et m’ont tellement assuré qu’il n’y avait aucun risque et que le rendement serait meilleur… Je n’avais jamais rien eu à leur reprocher, alors je leur ai fait confiance.» Une confiance aujourd’hui remplacée par une méfiance réciproque. Dans le flou de leur part de responsabilité dans ces placements pourris, les sociétés de conseil risquent gros. En tout cas en termes d’image.

Remonter la chaîne
Bernard Madoff est-il le seul coupable? Les lésés, qu’il s’agisse de banques ou de privés, auront-ils un espoir de récupérer quelques billes? La réponse mettra du temps à venir. «L’enquête doit d’abord déterminer qui d’autre appartient à l’ingénierie astucieuse et délinquante de ce monsieur, explique Franco Foglia, avocat genevois. La démarche centrale de cette affaire sera celle de la reddition des comptes. C’est en remontant la chaîne que l’on pourra établir la responsabilité de chacun.»

Les petits épargnants qui risquent le plus sont ceux qui ont établi un plan de prévoyance libre. «Les caisses du deuxième pilier et du troisième pilier lié sont protégées par la loi, rappelle son confrère Romolo Molo. Le risque doit être diversifié et la part de fonds alternatifs est limitée.» Rien de tel, en revanche, dans le «3b». Ce qui peut expliquer pourquoi ­Jacques a perdu plus de 15% du capital complémentaire grâce auquel il comptait vivre une retraite confortable. «Je m’attendais au minimum à un peu de compréhension de leur part, soupire Jacques. Une compensation, comme quand n’importe quel vendeur reconnaît qu’il a vendu un produit défectueux. Mais rien. Ils ne font qu’essayer de dégager en touche, de rejeter la faute plus loin, au mépris des victimes pour qui ces pertes sont les plus difficiles à supporter.»

En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) estime dans une récente étude que les petits épargnants lésés sont rares – représentant environ 8% de l’argent disparu. Les plus grosses pertes concernent avant tout les investisseurs importants, ceux qui ont choisi eux-mêmes de faire des placements dans «du Madoff». «Mais ce sont aussi des gens pour qui perdre quelques centaines de milliers, voire de millions de francs, n’a presque aucune importance, et qui ont bien assez de réserves pour se refaire», reprend ­Jacques. Ecœuré et désabusé.

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