Un des cinq associés d’Aurelia Finance a été inculpé hier matin de blanchiment, comme nous le révélions le jour même sur
notre site www.tdg.ch.
L’homme, déjà inculpé de gestion déloyale aggravée, est suspecté d’avoir voulu transférer en janvier des millions de francs à l’étranger, avant même l’ouverture à Genève de l’enquête sur les fonds Madoff. On le soupçonne d’avoir voulu agir ainsi car il craignait de faire l’objet de plaintes civiles et pénales. Les enquêteurs soupçonnent que ces fonds représentaient des commissions générées grâce aux placements de l’argent des clients chez Madoff, auteur de la plus grande escroquerie de l’histoire. L’inculpé, lui, conteste les accusations.
Mauvaise note
Pour cette inculpation, le juge s’est appuyé sur une note interne de la banque Pictet datant du mois de janvier 2009. Ce document, saisi par la justice, signalait que le prévenu, client de la banque, tentait «d’organiser son insolvabilité». Comment? Il est suspecté d’avoir voulu transférer de l’argent à Londres et Singapour. Il aurait également souhaité faire une donation en faveur de membres de sa famille. Tout cela, précise la note, parce qu’il risquait de faire l’objet de procédures sur le plan civil et pénal.
«La justice recourt à la contrainte dans cette affaire, soutient Me Michel Halpérin, avocat de l’inculpé. On ne peut pas poursuivre un délit qui n’a pas commencé. A l’époque des faits, mon client songeait à transférer de l’argent en raison des turbulences du marché. Mais pas pour échapper à des poursuites qui n’avaient d’ailleurs même pas été lancées.» Au final, cet argent n’a pas été transféré, affirme Me Halpérin, qui déplore le lent acharnement de la justice: «Le juge entend un ou deux plaignants par semaine, rien n’avance après neuf?mois d’enquête. On sent bien que les prétendues victimes tentent ainsi de pousser les inculpés à convenir d’un arrangement financier.»
En février, le Parquet genevois ouvrait une information pénale. Puis les cinq associés de la société Aurelia ont été inculpés le 24 avril de «gestion déloyale aggravée» par le juge Tappolet, inatteignable hier. Ils sont soupçonnés d’avoir placé, sans discernement et sans diversifier les risques, des dizaines de millions de francs d’une soixantaine de clients. En investissant ainsi l’argent dans les fonds Madoff, ils auraient
empoché, en échange de leur travail, de substantielles commissions.
Dans ce volet de l’enquête Aurelia, 65 plaintes pénales ont été déposées. Parmi les plaignants figure également le Beau-Rivage. Représenté hier durant l’audience d’inculpation, l’hôtel a perdu un million de francs. Un ex-dirigeant d’une filiale de la banque Santander est également poursuivi (lire
ci-dessous) . Enfin, selon nos renseignements, cinq plaintes mettent en cause la société financière Notz Stucki. Parmi cette dernière poignée de victimes figure Jacques Revaux, compositeur de tubes comme My Way, coécrit avec Claude François, ou de La maladie d’amour, créée pour Michel Sardou. L’homme – cinquante ans de carrière et 150 tubes – aurait perdu plusieurs centaines de milliers de francs de droits d’auteur.
Pour l’heure, les dénonciations contre Notz Stucki n’ont pas abouti à des inculpations.
Au cœur de Luxalpha
? La justice française s’intéresse de très près à UBS, en tant que créatrice et longtemps gérante du fonds Luxalpha, sis au Luxembourg. Ce dernier – considéré lui aussi comme un simple collecteur de fortunes pour Madoff – a fait perdre quelque 2 milliards de francs à ses clients. Plainte pénale déposée
? Depuis janvier dernier, le Parquet de Paris enquête sur UBS, suite à la plainte d’une épargnante pour abus de confiance et escroquerie.
La banque suisse est accusée «d’avoir collecté les fonds et de les avoir placés dans la société de Bernard Madoff sans en avertir les déposants». Pour preuve, le prospectus du fonds Luxalpha déclarait investir «principalement
en valeurs mobilières cotées ou listées aux Etats-Unis».
Demandes en réparation
? Par ailleurs, des dizaines de plaintes civiles ont également été déposées en France par des épargnants demandant une réparation financière
à UBS. La banque s’y est toujours refusée, ne s’estimant juridiquement pas responsable.
Retrait de la gérance
? Ainsi, en octobre 2008, UBS s’est retirée comme gérant officiel du fonds et en avait confié la gestion à la société financière française Access. Le 4 novembre dernier, l’un des cofondateurs d’Access, Patrick Littaye, a été inculpé
à Paris pour complicité
d’abus de confiance. L’autre cofondateur, Thierry de la Villehuchet, s’est, quant à lui, suicidé en décembre 2008, après avoir appris qu’il avait ruiné ses clients. EE UBS traquée en France