L'événement

Google dévoile la Suisse à 360 degrés

Par ÉLISABETH NICOUD le 19.08.2009 à 00:00

Le géant de l’internet lance Street View, un outil qui permet de se balader dans tout le pays. - La protection de la sphère privée est à nouveau mise à mal par la firme américaine.

Thomas Winkler, le responsable du e-marketing chez Suisse Tourisme, exulte. Ce n’est en effet pas tous les jours que l’on se voit offrir, sans débourser un kopek, un joujou à la pointe de la technologie dont les retombées ne sont pas à négliger. « Street View représente un nouveau canal de communication qui nous permettra, sans aucun doute, d’acquérir de nouveaux visiteurs», lance-t-il, convaincu.
 
Cette aubaine, l’organisme de promotion touristique la doit aux ingénieurs de Google. Tout comme Homegate, le portail immobilier sur Internet. Car depuis hier, la Suisse fait officiellement partie des happy few – une centaine de villes dans dix pays – à s’être fait scanner de toutes parts par les caméras grand angle de Google Street View, un service de «tourisme virtuel» lancé en 2007 à San Francisco.

Genève parmi les premières villes

Grâce à cette fonctionnalité intégrée à Google Earth, l’internaute peut désormais, d’un simple clic de souris ou en pianotant sur son smartphone, admirer le Jet d’eau à Genève, arpenter la Bahnhofstrasse de Zurich ou flâner dans la Vieille-Ville de Berne. Le tout avec une vision panoramique permettant une balade virtuelle des plus saisissantes.

La plupart des autres villes ou grands axes de Suisse se retrouvent également cartographiés à 360?degrés (Lausanne, Bienne, Neuchâtel, Winterthour, Thoune, Interlaken…), mais de manière encore incomplète. Raphael Leiteritz, responsable du projet chez Google à Zurich, promet que la streetviewisation de la Suisse entière sera rapide. Sans toutefois révéler de délais ni de détails sur le nombre de véhicules (des Opel Astra bleues munies de neuf appareils de photo) qui sillonnent, depuis le printemps, le pays.

Une discrétion, propre à amplifier le buzz, qui contraste avec la polémique suscitée par cette gigantesque initiative de la firme basée à Mountain View, en Californie. Car s’il est plaisant de pouvoir s’immerger dans le quartier où est situé un appartement ou de visualiser l’environnement d’un hôtel balnéaire, d’autres situations photographiées peuvent, elles, s’avérer fort embarrassantes.

De la personne en train d’uriner contre un mur à la voiture du mari parquée devant l’immeuble de la meilleure amie, voire à la scène d’agression, les anecdotes, vraies ou fausses, pullulent sur Internet. Et témoignent d’une authentique inquiétude quant à la violation de la sphère privée. En Grande-Bretagne et au Canada, Street View a suscité de vives oppositions tandis qu’en Grèce, les caméras de Google sont pour l’heure indésirables.

Feu vert sous conditions

En Suisse, le préposé fédéral à la protection des données, Hans-Peter Thür, a accordé son feu vert sous conditions. Google doit informer les communes qu’il s’apprête à photographier, flouter automatiquement les éléments identifiables tels les visages ou les plaques d’immatriculation et donner la possibilité à toute personne de faire retirer une image inappropriée dans les 48heures.

Interrogé, Raphael Leiteritz précise que Google respecte scrupuleusement la législation suisse. «Les vues ne montrent que des voies publiques. De plus, les images ne sont pas en temps réel.» Quant aux revenus générés par le «grand œil» de Google, ils sont nuls. Comme à l’accoutumée, la multinationale américaine – qui ne dévoile pas non plus le montant de l’investissement consenti – fournit gracieusement ce nouvel outil.

Un «business model» panoramique

Car chez Google, qui affichait près de 22 milliards de dollars de chiffre d’affaires l’an dernier, le business model s’avère aussi… panoramique. Nul doute que Street View, tout comme ses autres applications, pourrait un jour lui rapporter gros, grâce aux liens publicitaires intégrés dans le paysage (restaurants, hôtels, commerces), des clics qui constituent l’ossature des bénéfices de Google.


Mais où est passé le Jet d’eau?

- Une ville truffée de chantiers, au trafic particulièrement dense. Visiter les rues de Genève avec Street View ressemble fidèlement au parcours d’obstacles que les Genevois vivent au quotidien… Pour bien apprécier la balade, il faut d’abord s’habituer aux effets fantomatiques de la technologie utilisée par Google. A chaque «saut» dans l’image, véhicules et passants apparaissent, disparaissent ou se superposent, avec parfois un troublant décalage temporel entre une vue et la suivante.

- Une fois l’outil pris en main, la visite peut commencer. Première constatation: les zones piétonnes, les parcs et plusieurs attractions genevoises sont restés inaccessibles aux voitures de Google. Il n’y a ainsi pas moyen avec Street View de parcourir la rue du Marché, qui est, dans la réalité, fermée à la circulation (à l’exception du tram). Même impossibilité de déambuler jusqu’à la cathédrale Saint-Pierre, le long de la Grand-Rue ou de la rue des Granges. Idem avec le parc des Bastions.

- On l’aura compris, la visite se révèle très lacunaire. Le problème se pose avec toutes les villes à forte proportion de zones interdites aux voitures. Pour améliorer sa «couverture», Google a testé à Paris, début août, un tricycle spécial capable d’accéder aux rues piétonnes. Verra-t-on bientôt cet étonnant véhicule sillonner la Vieille-Ville et les espaces verts genevois?

- Plus étrange, certains quartiers où la circulation est auto­risée ont été «oubliés» par Google. Impossible de visiter la rue de Saint-Jean, par exemple.

- Quant au Jet d’eau, si on l’aperçoit au loin en descendant la rue du 31-décembre ou en remontant le quai Gustave-Ador en direction du centre-ville, il est absent du cliché le plus proche de la jetée des Eaux-Vives! Sans doute était-il hors service le jour où Google est passé devant…
Heureusement, la place des Nations ou l’horloge fleurie figurent bien au menu virtuel de Street View.
Luca Sabbatini


Street View, mode d’emploi

Visiter New York, Paris ou Genève sans jamais bouger de sa chaise? C’est possible avec Street View. Pour utiliser ce service, on peut soit télécharger le logiciel Google Earth, soit passer directement par le Web. Pour la Suisse, se rendre sur le site maps.google.ch. La page contient un plan du pays, surmonté d’une fenêtre de recherche. Il suffit d’y taper une adresse physique (11, rue des Rois, Genève, par exemple) pour la «géolocaliser» en vue aérienne. Une case au centre de la page signale l’accès possible à Street View. En cliquant sur le lien, on se retrouve soudain en pleine rue!

Une ligne apparaît, soulignant les différents itinéraires disponibles. En sélectionnant une flèche, on avance dans cette direction. Il est également possible de zoomer à l’intérieur de l’image en double-cliquant sur une zone éloignée ou en utilisant les touches à gauche de l’écran marquées «+» et «-». Juste au-dessus, une molette permet de s’orienter dans l’image à l’horizontale et à la verticale. Enfin, une case en bas à droite s’ouvre à choix sur une vue satellite ou sur un plan de la zone sélectionnée. On peut y épingler un petit bonhomme pour atteindre directement l’endroit voulu.
LS

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