L’assouplissement de la Banque nationale suisse (BNS) est-il inédit?
En abaissant, le 20 novembre, le taux directeur de 1% – qui passait alors de 2% à 1% –, l’institut d’émission avait déjà franchi un cap historique tant la diminution avait été abrupte. Hier à Zurich, Thomas Jordan, membre de la direction de la BNS, n’a pas manqué de souligner que cette crise financière, justement, est «unique d’un point de vue historique».
D’où cette quatrième baisse, en l’espace de deux mois, du taux de référence, le Libor à trois mois, qui se voit encore réduit de 50 points, oscillant désormais entre 1% et 0%. Car de toutes les crises précédentes – 1929, 1973, 1987 et 2000 –, jamais «des valeurs patrimoniales aussi importantes n’ont été détruites en si peu de mois à l’échelle mondiale», relève Thomas Jordan. Avec des conséquences lourdes sur l’économie réelle.
Pourquoi le scénario de récession s’est-il mué en réalité?
Pour Jean-Pierre Roth, président de la BNS, tout a changé depuis le 18 septembre, date de la dernière évaluation de la Banque centrale suisse, raison pour laquelle elle ouvre grand les vannes afin que «l’économie suisse puisse se financer à de bonnes conditions».
Car les trois grandes économies que sont les Etats-Unis, l’Europe et le Japon sont entrées en récession suite à la dégringolade des marchés financiers, affectant aussi la Suisse «de plein fouet». La BNS table dès lors sur une croissance négative du PIB réel comprise entre -0,5% et -1%, et ceci pour l’ensemble de l’année prochaine. Ou autrement dit une récession.
Quelles conséquences pour l’emploi et les entreprises?
Le chômage devrait augmenter d’un point de pourcentage, pour atteindre de 3,5% à 3,7%, voire 4%, d’ici à une année (contre 2,7% en novembre). D’ores et déjà, certaines branches – machines, métaux, électronique – ont vu leurs carnets de commandes baisser. Quant au risque de resserrement des crédits aux entreprises, la BNS se veut rassurante.
Selon les enquêtes qu’elle mène régulièrement auprès des 20 principales banques, seules 15% d’entre elles ont procédé à de «légères» réductions au troisième trimestre. «En résumé, il n’y a pas, pour le moment, lieu de parler d’un resserrement, ou credit crunch», assure le président de la BNS.
La BNS, trop optimiste, a-t-elle grillé toutes ses cartouches?
Tout n’est pas noir dans le tableau brossé hier par le gardien de la stabilité monétaire, qui endosse depuis le déclenchement de la crise – tout comme les autres banques centrales – la lourde tâche de remettre l’économie à flot. Ainsi, Jean-Pierre Roth n’envisage pas un essoufflement notable de la consommation en Suisse.
Quant au secteur immobilier, il reste sain, ajoute Philipp Hildebrand, le vice-président de la BNS. Autre point positif: l’inflation, qui après avoir atteint un pic de 3,1% en juillet, avoisinera 0,9% en 2009 et 0,5% en 2010.
Enfin, Thomas Jordan, qui avoue que la BNS a dû certains jours intervenir sur le marché monétaire pour un montant record de 100 milliards de francs, déclare ne pas avoir épuisé tous les instruments de politique monétaire pour soutenir l’économie suisse, notamment via le taux à court terme des pensions à titre ou de ses propres titres de créance (bons de la BNS), créés en octobre.
UBS et CS pas sorties d’affaire
La situation dans le secteur bancaire suisse demeure «sérieuse» et d’autres pertes ne sont «pas à exclure», a affirmé hier Philipp Hildebrand, vice-président de la BNS. «Les nombreuses mesures mises en œuvre au niveau international en vue de stabiliser le système financier ont eu un effet positif pour les grandes banques suisses.
D’autres pertes ne sont cependant pas à exclure, étant donné la morosité des conditions du marché.» Cela dit, ajoute Philipp Hildebrand, il n’existe aujourd’hui aucune urgence à une nouvelle intervention extérieure. Entendez par là, «étatique».
L’institut d’émission helvétique est venu en octobre au secours de la première banque du pays, UBS, qui a été sérieusement écornée par la crise financière. Sa rivale Credit Suisse, moins touchée et qui avait refusé l’aide des autorités, a, pour sa part, récemment annoncé s’attendre au quatrième trimestre à une perte nette de 3 milliards de francs, l’amenant à supprimer 5300 postes d’ici au premier semestre 2009, soit 11% des effectifs.
Hier, le président de la BNS, Jean-Pierre Roth, s’est par ailleurs expliqué sur la reprise des crédits à risques d’UBS par la Banque centrale, à hauteur de 60 milliards de francs et gérés par le biais d’une société de portage. En clair, la BNS a affirmé hier ne pas savoir si la liquidation de ces actifs toxiques apportera à terme une perte ou un profit. Selon Jean-Pierre Roth, «nous avons repris ces crédits à risques d’UBS, à un moment où ils ne valaient plus que 10% de leur valeur initiale. Leur valeur intrinsèque est forcément meilleure que les chiffres ne le laissent apparaître.»
La future «SNB StabFund Kommanditgesellschaft» (société de portage) est financée à hauteur de 90% par la Banque nationale suisse, tandis qu’UBS – en y injectant les 6 milliards de dollars prêtés par la Confédération – prend en charge les 10% restants.
Hier, Thomas Jordan, membre de la direction de la BNS, a toutefois tenu à préciser que la Banque centrale helvétique n’était pas partie dans cette aventure, sans garanties: «En cas de pertes finales, nous disposons en effet des 6 milliards apportés par UBS et des 100 millions de francs que la grande banque s’est engagée à nous verser en actions.»