Les Canadiens se seraient bien passés du grand raout de cette fin de semaine, eux qui ont été exemplaires durant toute la crise financière. Ils ont ainsi su limiter leur endettement public grâce à un secteur bancaire qui a eu la sagesse de rester prudent face à la spéculation du subprime. De jeudi à dimanche, Toronto sera en effet sur le pied de guerre, accueillant, les deux premiers jours, les grandes puissances du G8, auxquelles se joindront, le week-end, les puissances émergentes (voir infographie).
Des avions de chasse patrouilleront dans le ciel de l’Ontario et les ondes des téléphones portables pourraient être brouillées pour protéger les dirigeants réunis dans la ville canadienne. Plus de 20?000 policiers ont été mobilisés pour assurer la sécurité. Coût des opérations: environ 1 milliard de dollars! Ainsi, des tireurs d’élite, anciens d’Afghanistan, prendront position sur les toits des tours proches du Centre de convention, qui accueillera le G20.
Dans les rues, la police pourra recourir aux canons à son, sorte de haut-parleurs ultrapuissants pouvant soit amplifier des messages adressés à la foule, soit émettre des sons stridents insupportables destinés à disperser les manifestants.
Cet investissement contraint de 1 milliard de dollars fait fortement grincer des dents les Canadiens, comme le rapporte l’AFP. Ainsi, Peter Ostertag, mécanicien dans les environs de Toronto, résume fort bien l’absurdité de cette dépense: «C’est un gaspillage de l’argent du contribuable!, dénonce-t-il. On aurait pu dépenser cette somme pour réparer les routes, l’éclairage public et plein d’autres choses encore.»
Les riches dépensent pour parler économies!
Absurdité et paradoxe, en effet, car durant ces quatre jours, les grands de la planète réfléchiront à la meilleure façon de sortir leurs finances publiques de l’immense gouffre d’endettement – évalué à quelque 14?000 milliards de dollars par la Banque centrale d’Angleterre – dans lesquels les banques d’investissement les ont plongés.
Les dix-neuf plus importantes économies, auxquelles s’ajoute, comme entité, l’Union européenne, tenteront également de s’entendre sur la façon de soumettre leur système bancaire à une taxe punitive et préventive. Or, sur aucun de ces deux dossiers majeurs, l’entente ne règne. Le président américain, Barack Obama, vient ainsi de s’en prendre aux multiples plans d’austérité auxquels les Etats européens ont décidé de se livrer: «Nous devons certes démontrer notre engagement à réduire les déficits publics, ont déclaré hier, et en son nom, deux de ses proches conseillers au Wall Street Journal. Mais pas au prix de la croissance à court terme.»
Quant à la taxe spéciale sur les bilans des banques – à laquelle vient de se rallier la Grande-Bretagne – les dissensions risquent d’être encore plus criantes. D’un côté, on trouve les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, qui disposent déjà de projets de taxes et veulent y entraîner leurs partenaires. De l’autre, des pays comme l’hôte canadien, le Brésil, l’Australie ou l’Inde estiment que leurs banques n’ont pas à payer les erreurs d’établissements bancaires étrangers. Quant à la Suisse, elle continuera à observer ce débat vital pour sa place financière de loin. Et même pas sur un strapontin.?