Tout est pourtant parti de Wall Street. Et pourtant. Selon les derniers chiffres pour le premier trimestre 2009, il s’avère – ô injustice – que les Etats-Unis connaissent une récession moins grave que l’Europe. Qu’on en juge: le PIB de la zone a ainsi plongé de 2,5% entre janvier et mars, «une baisse sans précédent dans son histoire», commente même l’Office statistique européen Eurostat. Pire: il s’agit là du quatrième trimestre consécutif de repli de l’activité dans la zone euro.
L’Allemagne très touchée
Pendant ce temps, les Etats-Unis ont certes affiché un nouveau recul au premier trimestre, mais de 1,6% «seulement», par rapport au trimestre précédent. Pour les économistes d’Eurostat, point de doute: «L’activité européenne est clairement tirée vers le bas par l’Allemagne – première économie du Vieux-Continent, qui a connu un début d’année encore plus dramatique que prévu», avec une contraction de 3,8% de son PIB.
Et pour cause: l’Allemagne est l’une des trois plus grosses nations exportatrices du monde. Elle se voit dès lors très particulièrement touchée par la crise économique mondiale. Ainsi, l’Espagne ou l’Irlande – où l’immobilier notamment s’est tout simplement effondré – affichent des reculs du PIB au-dessous des 2%, alors même que des pans entiers de leur économie – telle l’automobile – se sont écroulés. La France, enfin, fait véritablement office de bon élève (–1,2% seulement), comme vient de le relever le très britannique et traditionnellement anti-Français The Economist.
Mais ce ne sont là que des données macroéconomiques. Dans les faits, elles se traduisent très directement par une hausse brutale du chômage en Europe. La Commission européenne prévoit ainsi que son taux va passer à 9,9% en 2009, puis à 11,5% en 2010. Dès lors, le chef de file des ministres des Finances, le démocrate-chrétien luxembourgeois Jean-Claude Juncker, vient de tirer la sonnette d’alarme: «Il y aura une crise sociale en Europe», a-t-il ainsi affirmé début mai, exhortant les entreprises à éviter les licenciements massifs.
La colère descend dans les rues d’Europe
Signe de cette colère montante: jeudi dernier, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Madrid, à l’appel de la Confédération européenne des syndicats, pour défendre l’emploi. Hier, des dizaines de milliers d’autres sont à nouveau descendues dans la rue à Bruxelles, toujours dans le cadre de ce mouvement. Aujourd’hui et demain, les grosses manifestations paneuropéennes vont se poursuivre à Berlin, puis à Prague.
Et en Suisse alors? Les indicateurs – même s’ils ont longtemps résisté – commencent à se dégrader nettement. Ainsi, le chiffre d’affaires du commerce de détail, en mars, s’est effondré de 6,6% par rapport à février.?