«Ces toits plats commençaient à nous causer des soucis; nous pouvons enfin en tirer parti.» Au diable les problèmes d’étanchéité!
Dorénavant, les toits de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) produiront de l’électricité. Mieux, comme l’a précisé Francis-Luc Perret, vice-président en charge de la logistique et de la planification de l’institut, «ce seront des lieux de réflexion permanente, des laboratoires à ciel ouvert». Car, si en 2011, les toitures accueilleront 20?000 m2 de panneaux solaires et produiront quelque 2?millions de kWh, ils retraceront aussi un pan de l’histoire de l’énergie solaire. Et c’est bien cela qu’ont voulu les concepteurs de ce projet de parc photovoltaïque, le plus grand de Suisse à l’heure actuelle: faire évoluer cette technologie afin de la rendre plus rentable, plus durable.
Puisqu’elle a un rôle à jouer dans l’approvisionnement de la Suisse en électricité.
20 millions investis
«Nous espérons que chaque mois qui passe apportera des solutions pour faire baisser les prix», a résumé Pierre-Alain Urech, directeur général de Romande Energie. Et de parler de partenariat fort entre son entreprise, l’EPFL et bien sûr l’industrie, notamment celle présente dans la région lémanique. Si l’électricien finance le parc pour 20 millions de francs, l’Ecole polytechnique fournit le site, où pourront s’égayer ses chercheurs, et s’engage à acheter à prix coûtant 25 à 30% des kWh produits. Soit une petite part des 60 millions de kWh que l’EPFL consomme par an, elle qui se doit aussi de surveiller son budget. Ainsi, confie Francis-Luc Perret, elle n’a pas voulu changer de fournisseur d’électricité, comme l’ouverture du marché le lui aurait permis, car une telle démarche lui aurait coûté quelque 3 millions de plus par an.
A prix coûtant? «Selon les étapes, nous estimons le prix du kWh entre 60 et 90 centimes», explique Pierre-Alain Urech. Soit quatre fois, environ, le prix de l’éolien, une source énergétique beaucoup plus proche des prix du marché. Impossible, pour lui, d’être plus précis, puisque tout dépend de l’évolution technologique. Cela dit, «nous voulons réduire le prix de manière importante sur la première étape déjà».
Programmée pour cette année, elle concernera 6000 m2 de panneaux traditionnels et 2000 m2 dédiés à la recherche. Puis, en 2010 et en 2011, deux fois 6000 m2 seront à nouveau mis en production. Permettant à plusieurs types de cellules photovoltaïques d’évoluer côte à côte.
«C’est une chance de pouvoir tester des nouvelles technologies en phase de précommercialisation en conditions réelles, aux côtés des technologies matures», souligne Hans-Björn Püttgen, responsable du transdisciplinaire Energy Center de l’EPFL. Et d’insister sur le fait que les recherches se répartiront tout au long de la chaîne de production du solaire. Voire au-delà. Il s’agira aussi de pousser les études, permettant
l’intégration toujours plus poussée des panneaux dans l’espace construit. Ainsi, à terme, ce ne sont pas moins de 60?000 m 2 qui pourraient être recouverts de panneaux photovoltaïques sur le site de l’EPFL. Façades, parkings et routes compris. Une condition à l’extension du parc, souligne Romande Energie: que ces kWh verts trouvent preneurs au-delà de l’EPFL. Injectés dans le réseau, ils seront proposés avec une surtaxe de 80 centimes aux clients de l’entreprise.
Indispensable industrie
Et le projet ne serait rien sans l’industrie. Sont visées les sociétés déjà présentes sur le marché, mais aussi les start-up. Et, pour l’heure, rien n’est encore signé, même pour la première étape du parc. L’industrie aura aussi son rôle à jouer dans la fabrication et la commercialisation à grande échelle des technologies développées car, ont insisté les intervenants, une baisse des prix du kWh solaire passe inévitablement par un accroissement des volumes.
Et les concepteurs de ce projet d’espérer qu’il enfantera un grand nombre de start-up. Et qu’il permettra le développement d’un important pôle solaire romand.
A Genève, SIG Solar III
Parmi les grands parcs photovoltaïques de Suisse figure bien sûr SIG Solar III, installé sur le site du Lignon. Inaugurée en 2005, la centrale étale ses 6000 panneaux sur plus de 7000 m2 de surface productive pour un total de 16?000 m2. Elle qui présente une puissance de 100 kW, fournit annuellement du courant à quelque 300 foyers genevois, ce qui équivaut à une production d’environ 1 million de kWh.
(agd)
Et l’usine solaire SES
Le toit de l’usine de la Société d’énergie solaire (SES), à Plan-les-Ouates, est en fait une centrale photovoltaïque. Soit 3395 m2 de cellules monocristallines d’une puissance de 571 kW pouvant produire 548?000 kWh par an ou les besoins de 160 ménages. Les SIG peuvent au total se targuer de produire un sixième de la production photovoltaïque suisse. SES et SIG ont ainsi reçu en décembre dernier le Prix solaire européen. (agd)
Un stade ensoleillé
Inauguré en 2005, agrandi en 2007, le toit solaire du Stade de Suisse à Berne fournit du courant à 400 foyers. Annuellement, les 7000 panneaux solaires en silicium polycristallin étalés sur quelque 12?000 m2 fournissent 1?200?000 kWh et offrent une puissance de pointe lors de l’ensoleillement maximal de 1300 kW. Les panneaux choisis par BKW FMB Energie affichent un rendement de 15%.
(agd)
Mont-Soleil, dans le Jura
La centrale du Mont-Soleil profite depuis de longues années de l’ensoleillement du sommet du Jura bernois pour exposer 4500 m2 de panneaux qui produisent 560?000 kWh par an. Et son but reste d’être un centre de recherche et de démonstration pour le photovoltaïque. FMB BKW Energie poursuit ses études plus haut encore au sommet de la Jungfraujoch où le rendement des panneaux solaires traditionnels serait 50 à 70% plus élevé qu’en plaine. (agd)
Bursins et consorts
Romande Energie a inauguré en 2007, en partenariat avec le canton de Vaud, sa centrale de Bursins d’une puissance de 24 kW pour une production de 24?240 kWh. D’autres sont en cours de finalisation. Le groupe espère dépasser les 30?000 m2 de panneaux en fonction en 2015 et vise la couverture en nouvelles énergies renouvelables de 10% de ses 3 milliards de kWh distribués par an. Comme le recommande la Confédération. (agd)
Projet solaire hybride
Et il n’y a pas que le photovoltaïque dans l’électricité solaire. Avec la société Sunalpes, Romande Energie réfléchit à un projet de centrale hydro-électrico-thermo-solaire à Isenau au-dessus des Diablerets. Ainsi un concentrateur solaire alimentera en énergie une centrale thermique également reliée à la centrale hydraulique de la station vaudoise. Le projet, qui sera accompagné d’un parc thématique, est toujours en phase de pré-étude. (agd)