L’économie mondiale a le souffle coupé. Aux Etats-Unis, l’ambiance n’est pas à la fête. Au mois d’octobre, les consommateurs ont déserté les magasins, laissant présager d’un Noël morose tandis que, déjà, le chômage a atteint outre-Atlantique un niveau jamais vu depuis 1994, à 6,5%.
En Suisse, la situation est loin d’être aussi marquée. Mais pour le Centre de recherches conjoncturelles (KOF), il ne fait plus aucun doute: l’économie réelle subit de plein fouet l’onde de choc financière. Ainsi, la croissance ne sera plus au rendez-vous au dernier trimestre de cette année, elle sera négative l’an prochain, pour se ressaisir lentement à partir de septembre 2009, prévoient les économistes basés à Zurich.
«Phase critique»
Parmi les branches qui seront les plus affectées, l’industrie d’exportation, qui table sur un recul de ses commandes, le secteur bancaire, qui affiche pour la première fois depuis l’existence de l’enquête conjoncturelle du KOF une valeur «nettement négative», et, dans une bien moindre mesure, la grande distribution.
«Nous entrons dans une phase critique», lance Michael Agoras, le patron d’Adecco Suisse et Autriche, qui présentait hier un nouveau baromètre de l’emploi (lire ci-dessous). Car bien que la récession n’ait pas encore pointé le bout de son nez dans notre pays, le marché de l’emploi se crispe. En octobre, le nombre de chômeurs a refranchi la barre des 100?000 personnes, pour s’établir à 2,5%.
Il ne s’agit là toutefois que d’une hausse, particulièrement marquée au Valais et dans le Jura – le taux de chômage dans les cantons de Vaud et Genève n’a progressé que de 0,1% – due à des facteurs saisonniers, relève Serge Gaillard, directeur de la division travail au Secrétariat d’Etat à l’économie (seco). Les régions touristiques, tout comme l’hôtellerie, la restauration et le bâtiment, étant habituellement les plus concernées.
Reste que le seco estime jusqu’à 140?000 le nombre de chômeurs l’an prochain, soit un taux de 3,5%. Ce qui inquiète un spécialiste de l’emploi comme Michael Agoras: «Si le chômage augmente, cela met une pression politique sur les bilatérales, car certains craignent qu’il y ait trop de travailleurs étrangers. Alors que ce ne sont pas toujours des profils, notamment de spécialistes dont la Suisse a besoin, que l’on ne trouve parmi les chômeurs.»