Que vous le croyez ou non, la chose économique oscille entre la poésie pure, c’est-à-dire totalement abstruse, et le jeu des chiffres et des lettres. Depuis cet été, tous les experts planétaires se posent cette même question: comment va le monde? Comment marchent les affaires? Mais, pour eux, ces mots par trop intelligibles sont vulgaires. Ils ont, dès lors, résumé les scenarii conjoncturels en trois lettres: V, W et L.
Traduction: le V signifie une brusque chute dans la récession; puis vient le fond de la piscine; on donne un bon coup de pied au fond de la piscine et ça repart. L’idéal! Un L, c’est beaucoup plus triste: les affaires s’effondrent et ne reprennent plus durant de longues, longues années.
Enfin, le W a eu son heure de gloire en juillet et août. Le «double dip» signifie que le monde tombe en récession, qu’assez rapidement – comme en 2010 après deux ans de la pire crise économique depuis 1929 – un leurre se présente qui nous fait croire que tout est à la hausse. Et plouf, on retombe à une croissance zéro, voire négative, avant qu’enfin, les beaux jours reviennent.
Il y a quelques jours encore, ces fameux experts s’accordaient à dire que les Etats-Unis, et donc le monde, vivaient en W. Les derniers indices – sans être flamboyants – semblent démontrer que l’activité économique globale est en meilleure santé qu’attendu. Les mines, devant ce V, se font réjouies.
Seul le Bureau international du travail à Genève est venu, hier, jouer les gâte-sauces: il y a «actuellement 210 millions de sans-emploi (chiffre sans précédent), 80% de la population mondiale qui n’ont pas accès à un dispositif de protection sociale et 1,2 milliard d’humains, soit 40% de la population active mondiale, qui ne gagnent toujours pas assez pour se maintenir, eux et leur famille, au-dessus du seuil de pauvreté de 2?dollars par jour». Et là, même dans un avenir prochain, aucun V, W ou L ne viendra à leur rescousse.