Il y a quelque chose de suspect et de profondément agaçant dans l’attitude de Hanspeter Thür, préposé fédéral de la Protection des données et à la transparence. En s’attaquant au service Street View mis en place cet été en Suisse par Google, il donne l’impression d’avoir trouvé un os à ronger.
Ainsi, le fonctionnaire n’est pas content des outils mis en place par le géant de Mountain View pour flouter visages, plaques minéralogiques et tout ce qui pourrait nuire à la sphère privée dans ce service à base d’images fixes, prises à un moment donné. Un projet impressionnant qui permet de visualiser sur la Toile les principales artères de notre beau pays.
Il voudrait que le service soit parfait dès sa sortie comme s’il s’agissait d’un produit industriel soigneusement usiné et contrôlé. Une montre suisse en quelque sorte. Or, la moindre personne qui tapote sur un clavier apprend vite qu’en matière numérique, il n’y a pas de produits finis, que des chantiers et un système bâti sur des correctifs successifs.
La solution proposée par Google d’attaquer systématiquement les problèmes selon leur apparition est donc la seule valable et l’entreprise américaine se révèle plutôt réactive. Ce n’est pas suffisant pour Hanspeter Thür. Ses gesticulations atteignent un point culminant avec menace de procès.
Cette persistance, malgré des signes évidents de bonne volonté, trahit donc soit un esprit obtus, soit une méconnaissance du domaine. On peut aussi soupçonner une arrière-pensée chez le préposé: s’attaquer à un géant américain, à la fois si populaire mais aussi si inquiétant, c’est aussi trouver un amplificateur inespéré pour attirer l’attention sur soi ou sur un service. Ne serait-ce que pour justifier sa raison d’être.