Janvier 1997: un modeste gardien de nuit chez UBS tombe sur des documents bancaires, datant de l’ère nazie, que la grande banque destinait – en plein procès sur les fonds en déshérence – à la broyeuse. Janvier 2010: un célébrissime ex-gérant de fortune d’UBS raconte sur la chaîne CBS comment il fut «le premier banquier helvétique suffisamment honnête» pour dénoncer les magouilles des établissements suisses.
Le premier s’appelle Christoph Meili, honni en Suisse mais salué comme un héros aux Etats-Unis et récompensé comme tel, qui est aujourd’hui de retour dans son pays. Ruiné. Le second se nomme Bradley Birkenfeld, appelé dès vendredi à purger quarante mois de prison pour complicité de fraude fiscale, mais qui pourrait bien se retrouver millionnaire à sa sortie de prison…
L’un est Suisse, l’autre Américain. Et c’est là toute la différence, car n’est pas délateur ou plus exactement «whistleblower» qui veut. Aux Etats-Unis, la loi protège, encourage, récompense même ces «donneurs d’alerte» qui osent dénoncer leur employeur soupçonné de commettre un acte délictueux. En Suisse, point de prime à la dénonciation. Loin s’en faut.
Outre-Atlantique, l’ONG Taxpayers Against Fraud distribue même l’Oscar du meilleur «whistleblower», entendez par là celui qui aura fait cracher à une entreprise, une université, voire à une collectivité publique la plus grosse amende. En 2009, la palme revient ainsi à Thomas Cantor pour avoir dénoncé les mensonges publicitaires du groupe pharmaceutique Quest concernant un test hormonal foireux. Pour avoir fait condamner Quest à une amende de 305 millions de dollars, Cantor touchera quelque 45 millions de dollars et son avocat presque autant.
Entre le traître et le héros, il n’y a parfois qu’un pas. Minuscule. Et la certitude, pour les Américains, qu’en matière de morale, la fin justifie tous les moyens.