«Je suis le premier dans l’histoire de la banque helvétique qui a révélé comment tout fonctionne dans les coulisses. Alors pourquoi suis-je le seul à aller en prison?» Cette question résume à elle seule toute l’amertume de Bradley Birkenfeld. L’ancien conseiller à la clientèle d’UBS, dont les révélations ont valu, en 2008 et 2009, les pires ennuis à la plus grande banque helvétique, devrait commencer sa peine de prison vendredi, une information confirmée hier par la justice américaine.?
Dimanche soir, il a décidé de livrer le fond de sa pensée dans l’émission 60?minutes de la chaîne nationale américaine CBS, qui consacrait l’un de ses sujets au secret bancaire helvétique, avec l’introduction suivante: «S’il y a une chose à laquelle les Suisses accordent autant d’importance qu’à la précision de leurs montres ou à la qualité de leur chocolat, c’est leur secret bancaire… qui constitue un refuge pour la fortune des pires dictateurs, trafiquants d’armes et de drogue de la planète, ainsi que pour celle d’une multitude de tricheurs fiscaux.»
A propos de Bradley Birkenfeld, l’émission précise que s’il a finalement été condamné à une lourde peine de prison, il peut aussi espérer devenir millionnaire. En effet, selon la loi américaine, tout délateur qui aide le fisc à récupérer le produit d’une évasion fiscale peut réclamer jusqu’à 30% des sommes impliquées. Sachant que Bradley Birkenfeld a permis d’initier cette vaste opération qui, au final, a vu plus de 14?000 Américains se remettre dans le droit chemin de la légalité fiscale, impliquant le retour de milliards de dollars dans le giron états-unien, il pourrait formellement devenir très riche.
Aveux contraints et forcés
Seulement, rien ne dit qu’Oncle Sam tienne particulièrement à accorder une prime à son ressortissant. Avant l’issue du procès de l’ex-banquier, le 21 août 2009, beaucoup pariaient sur la clémence de la justice américaine. Las! Verdict: quarante mois de prison ferme. Certains se demandèrent alors si c’était là la meilleure façon d’encourager les futurs délateurs.
Quoi qu’il en soit, les autorités américaines donnent plutôt l’impression de voir Bradley Birkenfeld comme un banquier contraint à la repentance plutôt que comme un altruiste idéaliste.
Les enquêteurs de CBS n’ont pas manqué de rappeler que si cet homme est passé aux aveux en 2007, c’est parce qu’il y avait été acculé. Un milliardaire californien, Igor Olenicoff, venait en effet de le désigner comme l’un des deux artisans qui lui avaient permis de soustraire plusieurs centaines de millions de dollars au fisc américain. «Oui, mais ensuite j’ai tout de même dénoncé 19?000 criminels américains, pesant 20 milliards de francs», rétorque Bradley Birkenfeld dans le reportage de CBS, faisant référence au nombre de clients américains qui disposaient fin 2006 d’un compte secret auprès d’UBS AG.
L’ancien banquier essaie probablement de faire oublier aujourd’hui qu’il a participé en toute connaissance de cause au système qu’il a dénoncé par la suite. Ainsi, au présentateur qui lui demande pourquoi il a un jour passé des diamants de Suisse aux Etats-Unis en les dissimulant dans un tube de dentifrice, il répond que ce n’était pas pour frauder les douanes, mais simplement parce cela lui semblait une façon sûre de les transporter.
Bradley Birkenfeld n’envisage pas de revenir un jour en Suisse. Où il est toujours accusé d’avoir violé le secret bancaire.