Le président et fondateur du World Economic Forum, Klaus Schwab, n’a pas peur de filer la métaphore pour définir le prochain sommet annuel de Davos, qui se tiendra du 28 janvier au 1er février prochain: «Dans la crise actuelle, a-t-il ainsi déclaré hier, en dévoilant les personnalités attendues, Davos sera une sorte de sanatorium pour l’économie mondiale. Nous tenterons de lui apporter un peu d’optimisme.» Convalescence d’une crise de folie ou thérapie d’une tuberculose financière? On ne sait très bien.
Le double de chefs d’Etat
Une chose est sûre: cette 39e édition du World Economic Forum sera véritablement exceptionnelle: «En réalité, affirme ainsi Klaus Schwab, je n’ai connu un tel sommet qu’en 2002, lorsqu’en guise de solidarité avec les Etats-Unis, après les attentats du 11 Septembre, nous avions déménagé à New York.» Ainsi, l’affluence s’annonce d’ores et déjà record puisque 2500 personnes y participeront.
Mais c’est surtout le nombre des chefs d’Etat ou de gouvernement qui marque les esprits. «Il a tout simplement doublé par rapport aux années précédentes, explique le Suisse André Schneider, directeur général du WEF, puisque, d’une vingtaine habituellement, nous en accueillerons, à l’heure qu’il est, quarante-trois.»
Des noms? Vladimir Poutine tout d’abord, aujourd’hui premier ministre russe et qui viendra pour la première fois dans la station grisonne. Il aura ainsi l’occasion – s’il le désire – d’y rencontrer le président ukrainien, Viktor Iouchtchenko. Wen Jiabao ensuite: le premier ministre chinois participera également à ce WEF exceptionnel, accompagné d’une délégation massive, pour y parler des graves risques de ralentissement économique dans l’Empire du Milieu (pour la première fois, le PIB pourrait chuter au-dessous des 8% en 2009). La chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre britannique, Gordon Brown, viendront, enfin, y préparer le sommet du G20 d’avril prochain à Londres, entièrement dédié aux remèdes à apporter à la sévère crise économique.
Le sanatorium du monde parlera également de Gaza, grâce notamment à la présence du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et du président israélien, Shimon Peres. Mais c’est surtout un haut responsable de la nouvelle administration Obama que le WEF espère: «Pour l’heure, affirme ainsi Klaus Schwab, nous n’avons pas encore de réponse sûre, mais il se pourrait que Timothy Geithner, le nouveau secrétaire au Trésor, nous rejoigne.» Last, but not least, plus de mille dirigeants d’entreprises – dont les patrons d’UBS, du Credit Suisse ou de JP Morgan Chase – se rendront à Davos pour y soigner leurs plaies. Leur mot d’ordre: sobriété et modestie.
Nous avons tout tenté pour avoir Obama»
André Schneider, vous êtes directeur général du World Economic Forum. Or, nombre de vos détracteurs vous accusent aujourd’hui d’être en partie responsable de la crise financière, pour avoir exalté les valeurs néolibérales de déréglementation ou de privatisation. Qu’avez-vous à leur répondre?
Si vous estimez que nous sommes d’accord avec toutes les idées de tous les participants, alors oui, vous pouvez dire que nous sommes coresponsables. Mais ces idées ne sont que l’expression des gens que nous invitons. Le WEF débat depuis longtemps des questions de développement durable ou d’éthique en économie, notamment des rémunérations ou des bonus des dirigeants d’entreprise. Mais je le reconnais: la critique qu’on peut nous adresser, à nous tous, est d’avoir peut-être trop suivi l’opinion majoritaire et pas suffisamment les voix divergentes. Ce sommet 2009 sera véritablement le moment de prendre en compte ces opinions discordantes.
Le thème de ce 39e sommet annuel est «Shaping the Post-Crisis World» (redessiner le monde de l’après-crise). Ambitionnez-vous de faire de ce Davos le «Bretton Woods» du nouveau millénaire?
Il existe certes une multitude d’organisations internationales (ONU, FMI, Banque mondiale, etc.) qui traitent des défis actuels. Mais il manque une plate-forme qui permette de rassembler, de manière informelle et non gouvernementale, tous les acteurs mondiaux, économiques, politiques, religieux, représentants de la société civile ou des ONG. Or, les problèmes sont aujourd’hui totalement interdépendants, étroitement liés les uns aux autres. Le WEF joue ce rôle depuis des années: être cette plate-forme informelle qui amène en un même lieu des gens d’horizons totalement différents afin, cette année, de comprendre comment on en est arrivé à une telle crise financière et économique et comment y remédier.
Ce Davos 2009 – exceptionnel – a-t-il compliqué son organisation?
Non, pas vraiment. Dès la fin du précédent sommet 2008, il était clair que les risques liés au système financier et, en particulier au subprime, étaient énormes. Nous avons donc «bâti» depuis un an ce sommet 2009 sur cette thématique, car nous étions conscients que les acteurs économiques seuls ne pourraient gérer un tel cataclysme. Mais nous avons également tenu à rappeler que la crise financière, et maintenant économique, n’est pas la seule qui nous menace. Le changement climatique, la pauvreté, l’accès à la nourriture ou à la santé restent majeurs.
Y aura-t-il également des débats politiques, autour du conflit israélo-palestinien par exemple?
Absolument, car nous voulons éviter le piège d’un sommet monothématique. Nous aurons ainsi des sessions, au plus haut niveau, dédiées à Gaza, où prendra notamment part le secrétaire général de la Ligue arabe, Amre Moussa, ainsi qu’un fort engagement sur les changements climatiques.
Et les Américains? La nouvelle administration sera-t-elle présente?
La date de l’investiture de Barack Obama nous a un peu compliqué les choses. Mais deux conseillers très proches du nouveau président seront présents. Lawrence Summers, son conseiller économique et qui sera au cœur de son administration, ainsi que son conseiller à la Sécurité, James Jones, viendront à Davos.
Avez-vous tenté de faire venir Barack Obama?
(Rires) Vous pouvez nous faire confiance, nous avons essayé toutes les voies possibles pour obtenir sa présence. Et nous avons l’espoir de parvenir à nos fins pour une édition prochaine du World Economic Forum.
Propos recueillis par Elisabeth Eckert et Pierre Ruetschi