UBS et Credit Suisse ne font plus peur. Et la colère des citoyens contre la première des deux plus grandes banques du pays semble se dissiper. Les deux établissements attirent en effet à nouveau des flux d’argent frais.
Credit Suisse vient ainsi d’annoncer une toute belle performance au troisième trimestre: le total net de nouveaux capitaux a atteint 16,7 milliards de francs. Ce résultat est, bien sûr, lié en grande partie aux activités de private banking (13,1 milliards de francs), tant en Suisse que dans le reste du monde.
UBS ne veut pas donner de chiffres avant la présentation de ses comptes du troisième trimestre, le mardi 3 novembre. Des fuites confirment néanmoins que la première banque helvétique bénéficie aussi d’un heureux changement de tendance.
Réjouissances
«Cela nous réjouit énormément», s’exaltait récemment un cadre d’UBS dans la presse. Même si le retour de capitaux provenant de la clientèle recouvrée garde encore une dimension modeste. Quoi qu’il en soit, il n’en est pas moins réel. Des concurrents d’UBS le prouvent.
«Parmi nos clients, des entreprises et autres investisseurs institutionnels ont ramené leurs fonds chez UBS», indique une importante banque alémanique. Chez PostFinance, le constat s’avère identique: «Nous enregistrons un recul des capitaux des investisseurs institutionnels et des grandes sociétés.»
L’Union des coopératives Raiffeisen s’est aussi révélé un des principaux gagnants des souffrances d’UBS pendant deux ans. Et quelques-uns des plus gros clients de l’établissement saint-gallois auraient eux aussi renoué avec les deux plus grandes banques. «Nous n’assistons pas pour autant à des départs en masse», précise le porte-parole de l’établissement, Franz Würth.
Désamour très profitable
Depuis l’éclatement du scandale des subprimes aux Etats-Unis, en 2007, puis de la crise financière dans le monde entier, la Zürcher Kantonalbank (ZKB), Raiffeisen et PostFinance ont bénéficié en tout d’afflux nets de capitaux à hauteur d’environ 50 milliards de francs. Les Banques Cantonales Vaudoise et de Genève (BCV et BCGE) avaient elles aussi su profiter de ce désamour vis-à-vis des grandes banques.
Au cours du seul premier semestre de cette année, les liquidités gérées par la BCV ont augmenté de… 429%. Pendant la même période, les flux d’argent frais à la BCGE se sont élevés à 750 millions de francs. «L’effet grandes banques va probablement ralentir», a déjà prévenu le 4 août dernier le directeur général de la BCGE, Blaise Goetschin. L’apaisement des craintes conduirait-il dès lors des clients institutionnels des banques cantonales lémaniques à déjà opter pour un retour vers UBS ou Credit Suisse?
La BCV n’observe pas une telle tendance et la BCGE préfère ne pas s’exprimer. Une chose est sûre: le retour vers les grandes banques intéresse en priorité une clientèle qui n’est pas celle de ces deux banques cantonales.
Masses de liquidités
Il s’agit le plus souvent de très grandes entreprises ou de caisses de pension alémaniques fonctionnant avec d’importantes masses de liquidités. «Et notre banque n’a jamais cherché activement à gérer de nouvelles liquidités», indique Paul Coudret, porte-parole de la BCV. A l’inverse justement de la ZKB, de Raiffeisen ou de PostFinance. La gestion de flux de paiements constitue d’ailleurs le core business de la troisième maison.
Résultats meilleurs que prévu
?Credit Suisse a présenté hier des résultats supérieurs aux attentes des analystes financiers, mais sans parvenir à convaincre les investisseurs.
?Hier, à la clôture du SMI, le titre de la deuxième banque helvétique a perdu 3,5%. Les investisseurs ont probablement regretté des comptes trimestriels davantage influencés par des opérations ponctuelles que par de réelles performances opérationnelles.
?Le bénéfice net du Credit Suisse Group s’est élevé à 2,4 milliards de francs. Le ratio de fonds propres s’avère en outre nettement supérieur au minimum requis: 16,4%.
?Après deux ans de désamour vis-à-vis des grandes banques en Suisse (voir ci-contre), Credit Suisse séduit: le total net de nouveaux capitaux a atteint 16,7 milliards de francs au troisième trimestre.
?La banque d’investissement a réussi un rendement sur capital de plus d’un tiers. Credit Suisse s’empresse de rappeler «l’approche disciplinée de cette division en matière de gestion des risques». Dans une banque universelle, l’investment banking reste un vecteur de très forte rentabilité en période favorable, mais peut devenir un actif redoutable lors de crises financières. Un passé récent vient de le prouver.