Des hauts et des bas. Les valeurs bancaires ont joué au yo-yo en Bourse hier après leur chute de la veille. UBS perdait peu après l’ouverture plus de 3% avant d’en gagner plus de 7%. Credit Suisse s’envolait momentanément de quelque 12%. Une volatilité alimentée par le contexte général dans lequel évoluent les titres bancaires. Une volatilité nourrie aussi par les malheurs de Citigroup (lire ci-dessous), ex-numéro un mondial qui pèse désormais moins en Bourse que la Société Générale, rappelaient hier les médias français.
Le retour de la rumeur de fusion UBS-Credit Suisse
Une volatilité qui s’inscrit dans une tendance fortement baissière: depuis le début du mois, UBS et Credit Suisse ont perdu respectivement 43% et 45,25%. Effet collatéral de ces mouvements: hier ressuscitait la rumeur d’un rapprochement entre les deux grandes banques suisses, un dossier qui avait été étudié et écarté dans le cadre de la mise sur pied du plan de sauvetage par le Conseil fédéral. Un scénario plausible? Le point avec le directeur des investissements de Reyl & Cie à Genève, François Savary.
Qu’est-ce qui, selon vous, a pu susciter le retour de cette rumeur de fusion UBS-Credit Suisse?
Deux éléments peuvent être cités. Premièrement, un élément négatif: l’annonce de mauvaises nouvelles financières pour l’une ou l’autre des deux banques, qui rendrait nécessaires d’autres interventions. Deuxièmement: au vu de leur capitalisation boursière actuelle, tant UBS que Credit Suisse pourraient devenir des proies de choix pour un grand groupe étranger; dans ce cadre, les autorités, qui sont intervenues pour sauver UBS à coups de milliards d’argent public, pourraient voir d’un mauvais œil un autre intervenant s’approprier les actifs intéressants de la banque. Mais tout ceci n’est pour l’heure que supposition dans un contexte général qui favorise la naissance de rumeurs. Le remodelage du plan Paulson (ndlr: utilisation des fonds pour intervenir désormais dans le capital des banques et non plus pour le rachat d’actifs pourris) a à nouveau déstabilisé les valeurs financières en Bourse et les banques suisses ne font pas exception. Mais elles ne sont pas les seules. Regardez ce qui se passe avec Citigroup!
Croyez-vous à un tel scénario, les inconvénients paraissant plus importants que les avantages?
L’avantage principal serait la création d’un géant du secteur en Suisse. Mais à condition qu’il soit la conséquence du niveau de la capitalisation boursière des deux banques et non d’une nouvelle dégradation de leur situation financière. Ce processus pourrait également favoriser la restructuration du fonctionnement de ces établissements que les autorités, dont la Banque nationale, appellent de leurs vœux. En revanche, ces deux banques sont davantage concurrentes que complémentaires. Il existe un gros risque de perte de substance dans certaines affaires, notamment dans le private banking. Il y a ensuite un obstacle majeur: l’emploi et les conséquences économiques d’un tel scénario pour la Suisse. Sans même parler des problèmes de monopole.
Mais qui pourrait ou voudrait aujourd’hui acheter UBS, surtout avec son passif, ses problèmes aux Etats-Unis?
C’est la question: qui a les reins suffisamment solides pour reprendre UBS ou même Credit Suisse? Les candidats sont rares. C’est la raison pour laquelle nous ne parlons aujourd’hui que de rumeur. Si l’on observe le marché dans son ensemble, plusieurs cibles de choix se dessinent sur fond de chute des titres financiers, mais il n’y a toujours pas de mouvements de rapprochement. Si ce ne sont ceux concoctés dans l’urgence. Que le secteur doive passer par une consolidation, une restructuration semble acquis par le marché, mais il n’y a toujours pas de prédateur. Alors, les bruits courent. Une fois encore, le contexte est propice aux rumeurs.