Quel crash! En septembre 2008, Jet Republic vient au monde en commandant 110 biréacteurs Learjet 60 XR1 à l’avionneur canadien Bombardier. La plus grosse opération du genre jamais vue en Europe! Elle est devisée à 1,5 milliard de francs. Les premières livraisons sont prévues en octobre prochain. Jeudi dernier, le patron de la compagnie domiciliée rue de la Croix-d’Or 19, Jonathan Breeze, annonce son insolvabilité et l’arrêt immédiat de toutes ses activités.?
Avant même de disposer de sa propre flotte, la compagnie genevoise brille par ses ambitions. Par exemple dans ses messages publicitaires: «Jet Republic s’est donné une mission: révolutionner le voyage en jet privé en offrant un service sans égal, en vol comme au sol.»
Le leader européen de l’aviation d’affaires, NetJets, avait eu besoin de dix ans avant de faire des bénéfices sur le Vieux-Continent. «Nous y arriverons beaucoup plus vite», nous assure le directeur des ventes de Jet Republic, John Shingles, le 30 septembre dernier.
Mille employés à engager
Créée avec sept ex-hauts managers de NetJets, la toute jeune entreprise manifeste aussi de fortes prétentions en matière d’effectifs. En ouvrant le siège social à Genève, le mardi 23 juin, le directeur général Jonathan Breeze évoque l’engagement d’un millier de collaborateurs au cours des cinq prochaines années, «dont une part significative serait basée en Suisse». Aujourd’hui, la société emploie une quarantaine de personnes sur son centre opérationnel proche de Lisbonne et une dizaine au bout du Léman.
La semaine dernière, le personnel de Jet Republic a toutefois reçu l’ordre de ne plus traiter avec des clients, de ne plus passer aucune commande auprès de fournisseurs. «Je suis extraordinairement déçu que nous ne puissions prolonger notre expérience commune», a déclaré Jonathan Breeze à l’intention de son personnel.
Hier, lors de notre visite au bureau genevois de Jet Republic, la réceptionniste nous a indiqué qu’elle-même et ses collègues n’étaient pas davantage informés. Ils ignorent encore la date à laquelle cesseront leurs relations de travail avec la compagnie aérienne. La direction se veut néanmoins rassurante pour tous les créanciers: «Notre holding va étroitement travailler avec ses actionnaires pour assurer que les intérêts des clients, des employés et des fournisseurs soient protégés au mieux de ses possibilités.»
«Tout en fonds propres»
Après avoir quitté NetJets, puis la compagnie Air Partner, Jonathan Breeze s’était associé en 2007 avec la banque autrichienne Euram afin de racheter les activités de conciergerie (services quotidiens de proximité destinés aux riches particuliers) de Travelex. Un an plus tard, à l’âge de 36?ans, cet ex-
officier de la Royal Air Force a persuadé le milliardaire mexicain Ricardo Salinas de participer à la fondation de Jet Republic. «Une société entièrement financée en fonds propres», précisait Jonathan Breeze en juin.
Jet Republic a vécu et l’aviation d’affaires souffre en Europe (probablement 20% de vols en moins en 2009 par rapport à l’an dernier). Mais l’Aéroport International de Genève accueille la plupart du temps le plus intense trafic commercial privé sur ce continent, ex æquo avec le Bourget, établissement parisien complètement voué à ce type d’aviation.