Vendredi s’est ouvert à Lausanne le premier forum d’envergure romande sur le développement durable et la formation. Formateurs et experts échangeront jusqu’à samedi sur la sensibilisation des générations futures.
A cette occasion, l’Unil invite l’économiste belge Gunter Pauli, créateur de la fondation ZERI (Zero Emissions Research and Initiatives). Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont « L’économie bleue : 10 ans, 100 millions d’innovations, 100 millions d’emplois ». Rencontre.
Comment présenteriez-vous votre action à ceux qui parmi nous ne connaissent rien au développement durable ?
Je pars d’un constat: tout ce qui est bon pour la santé et l’environnement est cher. Pourquoi? Pourquoi l’eau, à l’origine un bien commun, est-elle si chère? Pourquoi l’énergie solaire est-elle si chère? Parce que l’ignorance nous empêche d’imaginer que les choses pourraient être autrement. Comment pouvons-nous agir pour changer la donne? Les réponses existent: nous pouvons créer une «Economie Bleue» (parce que la Terre est bleue, vue de l’Univers) porteuse d’innovations, mises en place par des entrepreneurs. Je suis un économiste cherchant à orienter l’industrie vers la durabilité à travers de nouvelles idées et de cas très concrets inspirés de la nature.
Vous détaillez dans votre livre des innovations qui pourraient changer nos sociétés. Pourriez-vous en citer une d’origine suisse?
Je peux même vous en citer une lausannoise, créée par le Professeur Michael Graetzel à l’EPFL: une plaque photovoltaïque souple, qui, cousue sur un sac en bandoulière, permet à tout un chacun de recharger un téléphone portable ou un ordinateur à tout moment. Au lieu de se servir de silicium, les chercheurs ont étudié l’action des feuilles des arbres. Pourquoi est-ce que cette innovation géniale n’est pas commercialisée ici? J’ai du acheter ce sac au Pays de Galle. Les idées sont là! Mais les gens ne le savent pas. Un tel sac pourrait par exemple être commercialisé par Swisscom, ou Orange…
Le Forum met l’accent sur la formation des enfants. Quand et comment leur parle-t-on du développement durable?
On ne leur en parle pas. On les inspire! Dès 3 ans. Inutile de décrire, d’analyser, ça ne les intéresse pas. Il faut passer par des initiatives concrètes. Les enfants ne font pas la différence entre la réalité, la vision, et la fantaisie. Par exemple, chaque école devrait avoir un potager: un enfant qui comprend que les déchets des plantes peuvent faire des champignons, que ces champignons peuvent eux-aussi être utiles et nourrir des poules et ainsi de suite, comprendra par la suite les enjeux dont on lui parlera. On se base sur une expérience locale et on donne ainsi aux enfants envie d’agir. J’ai par ailleurs publié, sur des déchets de papier d’imprimerie, des fables gratuites pour les enfants, qui racontent des histoires et les inspire pour la suite.
Pensez-vous que la fin du nucléaire, notamment en Suisse, favorisera ce type d’enseignement?
Le plus important dans cette décision est de voir qu’une démocratie peut être en rupture avec le passé: admettre que quelque chose qui a été bon par le passé ne l’est plus à l’heure actuelle. Mais il est dommage qu’une crise comme Fukushima ait été nécessaire pour en arriver là: l’être humain s’inspire des crises, il devrait s’inspirer des grandes visions. Par exemple, si on décide qu’en Suisse tous les bâtiments de plus de 4 étages doivent désormais produire de l’électricité, c’est une vision: or, c’est possible! La pression sur les molécules produit de l’électricité, cela a été prouvé. Par tonne de forces de compression, un bâtiment peut produire six volts, c’est déjà pas mal! Nous pourrions illuminer des bâtiments entiers en utilisant le poids de ces derniers. C’est une vision. Il en existe des milliers.
Si vous n’aviez qu’une phrase à partager avec vos lecteurs, quelle serait-elle?
«Il y a des gens qui rêvent pour échapper à la réalité, il y en a d’autres qui rêvent pour changer la réalité une fois, et pour toujours. Nous avons besoin de gens qui veulent changer la réalité».