Certains attendaient un plan de relance. Ce sera un bouquet de mesures de stabilisation. A l’aune de la santé économique actuelle du pays. «Même si la Suisse se trouve encore dans une situation comparativement bonne en matière d’économie et d’emploi, elle a vu ses perspectives s’assombrir», a rappelé hier la ministre de l’Economie, Doris Leuthard. Alors le Conseil fédéral a décidé d’agir, mais dans le cadre du frein à l’endettement. Pas question en effet de sortir des sentiers clairement balisés de l’orthodoxie financière.?
L’économie suisse pourra ainsi bénéficier d’une injection de 890 millions de francs au début de l’année prochaine (lire ci-dessous). Durant la première moitié de celle-ci, elle pourrait suivre l’Europe dans la récession, rappelaient hier les économistes de Sarasin. Ainsi, au vu de l’évolution conjoncturelle, le gouvernement aura encore des munitions pour une deuxième phase d’intervention ciblée. Au total, Berne dispose donc d’une enveloppe de 1,5 milliard pour l’économie. Des mesures et une discipline que salue Cristina Gaggini, directrice romande d’economiesuisse. Que n’accepte pas l’Union syndicale suisse (USS), pour qui on ne peut empêcher une forte poussée du chômage à moins de 5 milliards, 3 milliards pour les constructions et 2 milliards pour le pouvoir d’achat.
Effet de levier
«Après le secteur financier, le reste de l’économie a aussi le soutien de la Confédération», relève Ruedi Christen, chef de la communication de Swissmem. «Nous ne pouvons pas encore chiffrer les conséquences économiques de ces décisions», ajoute Aymo Brunetti, économiste en chef du Secrétariat d’Etat à l’économie (seco). «Mais les sommes débloquées auront un certain effet de levier dans les projets visés.» Ainsi, l’Office fédéral du logement estime que les 45 millions ajoutés aux nouveaux prêts destinés à des maîtres d’ouvrage d’utilité publique – notamment pour des améliorations énergétiques des bâtiments – engendreront des investissements de 400 millions. Ce qui réjouit Olivier Feller et la Fédération romande immobilière. «Non seulement ces mesures impliquent la création de logements soutiennent les sociétés du secteur, mais elles s’inscrivent aussi dans une perspective de développement durable.»
Sont-elles suffisamment ciblées? L’USS exige qu’un effort plus important soit fait en faveur du pouvoir d’achat. «Elles vont dans la bonne direction», souligne en revanche Cristina Gaggini. «Les 650 entreprises qui bénéficieront de la libération des réserves de crises représentent une large palette de secteurs économiques, résume Aymo Brunetti. Bon nombre des mesures de politique financière sont, elles, davantage orientées vers la construction, vers le marché intérieur.» Les exportations n’ont bien sûr pas été oubliées. Même si, comme l’a rappelé Doris Leuthard, le niveau du franc ne relève que de la politique de la Banque nationale.
Que restera-t-il à disposition si l’enveloppe venait à s’épuiser rapidement? «Avec son probable excédent de recettes de 4,6 milliards, la Confédération a assez d’argent» pour soutenir davantage l’économie, revendique l’USS. Il reste l’arme fiscale, plaident notamment les milieux patronaux. Il y a encore la conjoncture mondiale. Ainsi, Sarasin prévoit que la Suisse «suive le rebond de la zone euro au deuxième semestre 2009».
Politique financière
?Maintien du frein à l’endettement, mais utilisation de la marge de manœuvre offerte par cet instrument de politique financière, soit 1 milliard de francs utilisables dans le cadre du budget. Le Conseil fédéral va procéder en deux étapes: une première enveloppe de 341 millions permettra de réaliser en les anticipant des dépenses déjà prévues. Cela implique la levée du blocage des crédits pour 2009 (205 millions) et concerne des constructions pour la protection contre les crues et les dangers naturels (66 millions), l’amélioration énergétique des logements (45 millions), des constructions civiles (20 millions), la promotion des exportations (5 millions).
La deuxième étape sera discutée à la fin du premier trimestre 2009 et, si la situation économique l’exige, le Conseil fédéral pourra utiliser le reste de l’enveloppe pour des dépenses susceptibles d’influer sur la conjoncture.
Réserves de crise
? Berne libère au 1er janvier les réserves de crise bénéficiant d’allégements fiscaux de 550 millions pour les entreprises ayant participé à cet instrument de politique conjoncturelle.
Accès aux marchés étrangers
? Pour soutenir les exportations, Berne s’engage à tout mettre en œuvre pour que les accords de libre-échange avec le Japon, les Etats-Unis ou les pays du Golfe entrent au plus tôt en vigueur – déjà en 2009. Il s’engage aussi à aboutir dans d’autres négociations et à en ouvrir de nouvelles. Avec la Chine et la Russie notamment.
Marchés intérieurs
? Révision au plus tôt de la loi fédérale sur les entraves techniques au commerce et celle sur la TVA. AGD